RÉFLEXIONS pour Is 59:1-21
Aujourd'hui, au chapitre 59 du Livre du prophète Isaïe, nous lisons des choses d'une importance exceptionnelle ; ce chapitre est une sorte de quintessence de la révélation prophétique. Répondant à la question que les hommes se posent sans l'exprimer — pourquoi Dieu n'entend-Il pas nos souffrances et ne nous aide-t-Il pas ? —, le prophète affirme que le Seigneur entend notre cri et voudrait nous venir en aide : « La main du Seigneur n'est pas trop courte pour sauver, ni Son oreille trop dure pour entendre. » Mais, poursuit le prophète, « vos iniquités ont mis une séparation entre vous et votre Dieu ». Voilà toute la raison de l'état terrible dans lequel nous nous trouvons tous. Nos catastrophes naturelles et sociales, notre vulnérabilité face à la violence et à la haine qui règnent dans le monde, la vague aveugle et dévorante de souffrance qui submerge innocents et coupables — tout cela arrive parce que nos iniquités nous ont séparés de Dieu. Il est vital pour nous de le comprendre : si nous rejetons la faute sur les autres, il devient impossible de remédier à quoi que ce soit.
Parlant des péchés qui rongent toute la trame de la vie humaine, le prophète évoque des choses que chacun connaît. Le mensonge et la violence envers autrui, le silence lâche devant l'injustice, la soif de profit aux dépens des autres, et l'aveuglement, l'aveuglement sans fin... « Nous tâtonnons comme des aveugles le long d'un mur » : ce sont les paroles terribles que le prophète prononce au sujet de ceux qui ne connaissent pas le chemin de la paix. Où est la vérité et où est le mensonge, où est le chemin de la vie et où est celui de la mort, comment échapper à la perdition — tout cela nous est caché, parce que nous sommes infidèles à la volonté du Tout-Puissant. Nous avons soif de vie, de délivrance, de bonheur et d'éternité ; nous « grondons comme des ours » devant l'injustice et la cruauté de la vie ; « nous attendons le salut... mais il est loin de nous ». Tout cela arrive non pas parce qu'un être cruel et sanguinaire nous persécute, mais uniquement parce que nos voies sont tortueuses.
Le prophète conclut cette partie du chapitre par des paroles amères : à cause de notre aveuglement et de notre trahison envers Dieu, « celui qui s'écarte du mal est exposé à l'outrage ». Ces mots sont à la fois une prophétie des moqueries et des outrages infligés au Fils de Dieu, qui n'a commis aucun péché, et une réponse à l'éternelle question humaine : pourquoi les gens de bien souffrent-ils ?
Mais c'est ensuite que le prophète dit l'essentiel de ce chapitre. Il annonce cette grande révélation : le Seigneur voit toute l'horreur et l'injustice de ce monde, et « il déplaît à Ses yeux qu'il n'y ait pas de justice ». Lorsqu'Il appelait Moïse, le Seigneur lui disait qu'Il avait entendu le cri de souffrance de Son peuple et qu'Il venait le délivrer. Maintenant, par la voix du Deutéro-Isaïe, la même chose est dite au monde entier, épuisé par le mal qui y règne. Et le Seigneur révèle au prophète qu'Il Se lèvera Lui-même pour combattre le mal, qu'Il revêtira la justice comme une cuirasse et mettra sur Sa tête le casque du salut.
L'apôtre Paul cite ce passage en en élargissant le sens au chapitre 6 de l'Épître aux Éphésiens, appelant tous les fidèles à revêtir « toutes les armes de Dieu », car le combat contre le mal se déroule dans la vie de chacun. Lorsque nous lisons ou parlons de l'armée du Seigneur, lorsque nous L'appelons « Sabaoth, Dieu des armées », ce nom ne porte pas seulement le sens que lui donnait à l'origine le prophète Amos, qui l'aimait tant. Dieu ne dirige pas seulement les légions célestes des anges, Il ne gouverne pas seulement le mouvement des planètes. Son armée, qu'Il mène au combat contre le mal, ce sont les hommes revêtus de la cuirasse de Sa justice.
Mais ceux qui choisissent la fidélité à la justice de Dieu obtiennent bien davantage que Sa protection et Son appui : ils obtiennent la victoire de Dieu sur le mal et la mort. Dans cette marche contre le mal et la mort, qui passe par la Croix pour conduire à la Résurrection, le Rédempteur vient à nous et conclut avec nous une Alliance nouvelle. Et dans cette alliance du Rédempteur, l'Esprit de Dieu qui repose sur Lui devient, dès ici et maintenant, source de vie pour les hommes.
