RÉFLEXIONS pour Is 46:1-13
Les réprimandes de Dieu, prononcées par la bouche de Son prophète, peuvent sembler n'être que des reproches adressés à des hommes qui oublient Dieu encore et encore. Mais en réalité, les choses ne sont pas si simples. La réprimande est assurément présente dans les paroles du prophète, mais elles contiennent aussi un rappel : Dieu, Sa providence et Son monde sont la réalité absolue. Tout le reste, s'il est réel, ne l'est que relativement. Dieu ne reproche même pas à Son peuple l'apostasie en tant que telle : pendant l'exil, on avait déjà beaucoup parlé et réfléchi à l'apostasie. Il y avait eu le repentir, et aussi la certitude que désormais, puisque la vie du peuple avait changé et que la communauté ne se concevait plus sans la synagogue, sans la Torah et sans les assemblées de prière, rien de pareil ne se reproduirait.
Or voici que la voix de Dieu retentit de nouveau et que, de nouveau, on ne Lui fait pas confiance. Non pas qu'on se méfie entièrement de Lui, mais on doute tout de même : réussira-t-Il vraiment ? Le projet est d'une telle ampleur, et l'on ne voit aucune raison raisonnable d'espérer sa réalisation... Alors Dieu rappelle à Son peuple ce qu'est la réalité, comment le monde est ordonné, et que la réalité n'est nullement ce qu'eux, les hommes, tiennent pour telle.
Dieu rappelle à Son peuple que l'apostasie n'est pas l'abandon de telle ou telle tradition religieuse, mais l'abandon de la réalité : la réalité de la providence de Dieu, du monde de Dieu et de la vie de Dieu. Un tel abandon peut se produire n'importe quand, à tout instant. Aucune tradition religieuse, même la plus profonde et la plus belle, aucune pensée ni aucun sentiment religieux, même les plus profonds et les plus purs, pas même un repentir passé pour les péchés commis, aussi sincère qu'il ait été en son temps, ne préservera l'homme de l'apostasie s'il ne commence pas à vivre de la vie de Dieu, de la vie du grand monde de Dieu, du Royaume de Dieu (car ce grand monde de Dieu est Son Royaume). Et cela n'est possible que si nous sommes capables de vivre en présence de Dieu et si c'est elle, et non quoi que ce soit d'autre dans le monde, qui détermine notre vie. Alors nous pouvons voir la réalité du monde, la face qu'il tourne vers son Créateur, et non son envers, où nous nous sommes retrouvés après la chute.
Ce passage de l'envers du monde au Royaume n'est lié à aucune activité extérieure, religieuse ou autre. Il ne s'agit pas de faire quelque chose, mais simplement d'être : être devant Dieu, dans Sa présence immédiate. Alors on comprend que ce dans quoi on demeure existe de toute éternité, que l'on est entré là où la providence de Dieu agit directement. Ici tout est possible, sauf le mal et l'apostasie, incompatibles avec le fait de demeurer dans ce monde de Dieu. Voilà ce que Dieu rappelle à Son peuple par la bouche de Son prophète : non pas le passé avec ses péchés, ni l'avenir, mais l'essentiel et l'éternel.
