RÉFLEXIONS pour Is 44:1-28
La lecture d'aujourd'hui poursuit le thème des mérites et des accomplissements dans le contexte des relations de Dieu avec Son peuple. Une pensée la traverse comme un fil rouge : dès l'origine, le peuple juif est entièrement et exclusivement la création de Dieu, qu'il soit question du temps de Moïse ou d'Isaïe de Babylone, des individus ou du peuple dans son ensemble (versets 2, 21, 24). C'est précisément ce qui rend possibles aussi bien l'existence même du peuple (versets 3–5) que sa rédemption (verset 22). Sur ce fond, la polémique contre le paganisme paraît quelque peu exagérée (versets 9–20), surtout si l'on se rappelle qu'au temps d'Isaïe de Babylone il n'était déjà plus question de paganisme au sein même du peuple juif.
Mais l'exemple de la religiosité païenne permet de voir avec une netteté particulière ce qui, dans une religiosité monothéiste, passe au second plan ou prend des formes voilées et n'est donc pas toujours perceptible. Et avant tout ce qui frappe immédiatement quiconque a vu des artisans fabriquer des statues ou des images sacrées : le paganisme suppose toujours que c'est l'homme lui-même qui se crée des dieux, et précisément tels qu'il veut les voir. L'inverse est également vrai : chaque fois que l'homme veut se créer des dieux ou Dieu tel qu'il veut les voir—ou Le voir—il tombe dans le paganisme, même s'il continue formellement à être monothéiste. Car un tel homme, tout en étant absolument convaincu d'adorer l'Unique, commence en réalité à adorer sa propre représentation de Lui, qui devient pour lui une idole.
Cela se produit, à ce qu'il semble, parce que l'homme considère sa religion comme l'une des multiples parties qui composent sa vie. Ce n'est pas un hasard si le prophète rappelle que le bois que l'on jette au feu pour y préparer la nourriture sert ensuite à fabriquer une idole (versets 14–17). L'homme a besoin de la religion comme il a besoin de nourriture et de chaleur, ni plus ni moins. Et il cherche à satisfaire ce besoin comme tous les autres, en utilisant tous les moyens dont il dispose.
Il importe alors peu que ce besoin se manifeste sous une forme païenne ou monothéiste : l'une et l'autre sont également éloignées de Dieu. Il ne s'agit pas de dire que Dieu n'a ni la possibilité ni le désir de satisfaire n'importe quel besoin humain, pourvu qu'il ne comporte pas de péché. Il s'agit du fait que demeurer dans le Royaume ne peut en aucun cas se réduire à la satisfaction des besoins. Le Royaume est avant tout relation : relation avec Dieu et avec les hommes, relations que l'homme ne pourra jamais bâtir sans Son aide.
