RÉFLEXIONS pour Mc 7:31-37
Jésus ne recherche pas la popularité : Il demande de ne pas proclamer à tous les carrefours les guérisons qu'Il accomplit. Pourtant, à en juger par le témoignage de l'Évangéliste, les personnes guéries ne L'écoutaient guère. Une telle désobéissance pourrait paraître étrange si l'on ne connaissait pas bien la nature humaine déchue ; lorsqu'on la connaît, le comportement de ces gens devient parfaitement compréhensible.
L'explication la plus immédiate et la plus simple tient aux attentes messianiques. Le jugement général, « Il fait tout bien », n'est pas fortuit. Ici, « bien » signifie : correctement, comme doit agir un prophète ou le Messie. On attendait en effet du Messie des actes très précis, et avant tout des manifestations de la puissance de Dieu, ces miracles et ces guérisons mêmes que Jésus accomplissait effectivement en grand nombre. Ensuite, selon les représentations messianiques largement répandues à cette époque, Jésus devait Se déclarer publiquement Messie et commencer à préparer la guerre messianique, qui aboutirait à l'établissement sur terre du Royaume messianique dont Il serait Lui-même le chef. Voilà précisément pourquoi les personnes guéries ne jugeaient pas nécessaire de cacher ce qui s'était passé : elles étaient persuadées que les demandes de silence n'étaient qu'une dissimulation provisoire et que, très bientôt, l'Homme qui les avait guéries déclarerait de toute façon publiquement qu'Il était le Messie.
Ainsi se manifeste un autre problème spirituel, plus général, de l'homme déchu, que la littérature spirituelle appelle habituellement la volonté propre. Il consiste en ce que l'homme déchu est généralement incapable de suivre une autre logique de conduite que la sienne. Il aurait pourtant semblé naturel de faire exactement ce que Jésus demandait : garder le silence sur ce qu'Il avait fait. Après tout, c'est Lui qui accomplit les guérisons, et non les personnes guéries.
Mais c'est précisément là le problème : l'homme déchu fait facilement entrer dans sa logique limitée même ce qui se produit selon les lois d'un autre monde, selon les lois du Royaume. Il intègre aisément et volontiers les événements du Royaume dans sa propre représentation du monde déchu, convaincu qu'il comprend tout correctement et que, par conséquent, il agit lui aussi correctement. Si un tel homme estime nécessaire de répandre partout la nouvelle d'une guérison, il le fera, même s'il ne l'a pas accomplie lui-même et si Celui qui l'a accomplie lui a demandé de se taire. C'est cette logique englobante de l'homme déchu, fondée sur les lois du monde déchu, qui l'empêche de voir le Royaume.
