RÉFLEXIONS pour Jr 31:1-22
En parlant de l'époque de prospérité qui attend le peuple après la repentance et une nouvelle conversion, Jérémie répète sans cesse que cette prospérité, comme la possibilité même d'un avenir historique, est liée uniquement à l'action de Dieu et à Sa providence. C'est Lui-même qui se révèle le Rédempteur de Son peuple. Le mot hébreu que l'on traduit habituellement par « rédempteur » désigne un libérateur qui rachète de l'esclavage les membres de son peuple. C'est dans le même sens que le Messie est appelé Rédempteur. Lorsqu'il s'agit du péché, on entend généralement par rédemption la délivrance de ses conséquences.
Dans l'Antiquité régnait partout la conviction qu'un péché commis une fois, et plus généralement tout mal, était irréversible quant à ses conséquences. En Orient, cette conviction donna naissance à la représentation de dépendances karmiques, considérées précisément comme la conséquence inévitable d'un péché autrefois commis. Il était impossible de s'en libérer : toute tentative n'engendrait qu'un mal encore plus grand. Le yahvisme admettait la possibilité d'être délivré des conséquences d'un péché commis. Il existait pour cela des rites particuliers de purification, fondés sur des ablutions et des sacrifices spéciaux. Mais même ceux-ci ne pouvaient permettre d'éviter le châtiment que si le péché avait été commis involontairement. Dans le cas d'un acte pécheur délibéré, ses conséquences pesaient sur la personne toute sa vie, même si elle se repentait ensuite sincèrement de ce qu'elle avait fait. Tel était le pouvoir du mal dans le monde déchu avant la venue du Christ.
Ici, cependant, il s'agissait d'un peuple entier qui, pendant une certaine période de son histoire, avait consciemment choisi la voie du péché : une apostasie de masse, sinon formelle, du moins réelle. Bien sûr, le peuple de Dieu avait à cet égard répété dans son histoire le chemin de toute l'humanité, qui, lors de la Chute, avait elle aussi consciemment trahi Dieu et choisi la voie du péché. Mais le problème n'en était pas moindre : une intervention particulière de Dieu était nécessaire pour que Son peuple puisse être délivré des conséquences de sa vie historique passée.
Cela n'était possible que dans le cadre du plan général de salut de l'humanité. La nouvelle vie historique du peuple n'avait de sens et ne pouvait s'accomplir que dans le contexte de la venue future du Messie. C'était une avance accordée par Dieu à Son peuple en vue de la rédemption future de toute l'humanité. Bien sûr, il est peu probable que quelqu'un ait clairement compris cette situation, non seulement à l'époque de Jérémie, mais même plus tard, à l'époque postexilique. Et pourtant, le lien entre la rédemption du peuple de Dieu et celle de l'humanité est assez évident : elles sont les éléments d'un même plan et d'un même processus spirituel ; sans l'une, l'autre n'aurait pas existé. Mais il fallait commencer précisément par le peuple de Dieu, comme cela fut révélé à Jérémie.
