RÉFLEXIONS pour Lc 24:1-35
La lecture d'aujourd'hui raconte en détail la rencontre des disciples avec Jésus ressuscité sur le chemin d'Emmaüs (v. 13–35). Ce récit est précédé de la mention du tombeau vide découvert par les femmes, ainsi que de leur rencontre avec les anges, qu'elles rapportèrent aux apôtres (v. 1–12). On pourrait croire que le récit des femmes aurait dû préparer les disciples à l'idée de pouvoir voir le Maître ressuscité, d'autant plus que Pierre, après s'être rendu au tombeau, avait constaté qu'il était vide, confirmant ainsi leur récit auquel les apôtres n'avaient d'abord pas cru (v. 11–12). Et pourtant, les disciples qui marchent vers Emmaüs ne reconnaissent pas Jésus qui chemine à leurs côtés (v. 15–16). Ce n'est qu'au cours du repas, lorsqu'Il rompit le pain et récita la prière juive correspondante, dite lors de la fraction du pain, que les apôtres Le reconnurent (v. 30–31).
À première vue, la situation paraît assez étrange : les disciples voient d'abord Jésus très distinctement, mais ne peuvent comprendre que c'est Lui ; puis, après L'avoir reconnu, ils perdent soudain le Maître de vue. Pourtant, nous avons peut-être ici une description de la réalité du Royaume telle qu'elle se révèle à celui qui se tient à la frontière entre celui-ci et le monde qui n'est pas encore transfiguré. Depuis la venue du Christ, le Royaume n'est plus séparé de nous par un obstacle comme auparavant, et désormais quiconque vit d'une vie spirituelle peut parfois voir ceux qui demeurent dans le Royaume, comme les apôtres ont vu Jésus ressuscité.
Mais voir et reconnaître ne sont pas une seule et même chose. Pour reconnaître, il ne suffit pas de voir le Royaume de l'extérieur : il faut y entrer. Pour les apôtres, cela se produit au moment de la fraction du pain. Comme autrefois lors de la Cène, ils se trouvent dans le Royaume et reconnaissent alors Jésus qui rompt et bénit le pain. S'ils avaient pu conserver la plénitude du Royaume qui s'était ouverte devant eux, peut-être n'auraient-ils pas perdu le Maître de vue. Mais, avant même la Résurrection, ils Le voyaient souvent non pas avec le regard spirituel, mais avec le seul regard physique. Il en va de même maintenant : le regard spirituel, si nécessaire à la vie dans le Royaume, ne s'est ouvert en eux qu'un instant avant de s'éteindre de nouveau. Tout en continuant à demeurer physiquement dans le Royaume, ils s'y sont trouvés comme aveugles : seul ce qui conservait encore une nature non transfigurée restait accessible à leur perception.
Si l'ancienne humanité non transfigurée était encore demeurée en Jésus, peut-être ne L'auraient-ils pas perdu de vue. Mais après la Résurrection, elle n'était plus en Lui, et les disciples ne pouvaient donc plus Le voir. On pourrait croire qu'après la Résurrection de Jésus tout aurait dû changer dans la vie des apôtres. Mais les seules rencontres avec le Ressuscité ne suffisaient pas pour que de tels changements s'accomplissent : les apôtres devaient encore être eux-mêmes transformés. Cela demandait du temps et une action particulière de l'Esprit de Dieu, qui était encore à venir.
