RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Lc 22:1-38

Au cours du séder pascal qui devint la Cène, Jésus montra plus clairement que jamais à Ses disciples ce qu'est le christianisme. C'est précisément la Cène qui est devenue pour les chrétiens l'événement sur lequel la vie de l'Église devait ensuite être fondée, jusqu'au retour du Christ dans la gloire. Toute fraction chrétienne du pain, toute eucharistie, devient en réalité la continuation de cette même Cène qui, tout en appartenant à l'éternité, se réfracte en même temps encore et encore dans l'histoire, devenant ce que l'Église appelle habituellement un sacrement.

Mais qu'était la Cène ? Extérieurement, un séder pascal ordinaire, le repas rituel et festif traditionnel juif célébré le premier jour, ou plus précisément la première nuit, de la fête de Pessa'h. À cet égard, Jésus n'invente rien de nouveau. Il n'a pas l'intention d'élaborer pour Ses disciples un rite religieux particulier. Et cela se comprend : Jésus n'avait pas l'intention de créer une nouvelle religion. Il parle d'autre chose : de Son corps et de Son sang. Que veut-Il dire ?

Dans l'usage juif traditionnel, qu'il s'agisse de l'hébreu ou de l'araméen, le corps et le sang désignent la personne, la nature humaine, la vie humaine. Mais la vie dans toute sa plénitude, tant naturelle que spirituelle. Dans le cas du Christ, cela représente énormément. On pourrait dire : immensément, car Il porte en Lui la vie du Royaume dans toute sa plénitude. Et les repas rituels juifs avaient toujours été un lieu de rencontre, non seulement de Dieu avec la personne, mais aussi des personnes rassemblées à une même table les unes avec les autres. La présence de Dieu les unissait et les sanctifiait comme un tout unique, un seul organisme, un seul corps spirituel. Aux temps évangéliques, tout le peuple juif était précisément perçu de cette manière, comme un unique organisme spirituel et non pas seulement comme une communauté ethnique. Les repas rituels jouaient un rôle immense dans son existence comme corps spirituel unique : avant tout, bien sûr, les repas du shabbat, mais aussi ceux des autres fêtes juives, qui reposaient sur la fraction du pain comme moment de rencontre des participants avec Dieu et entre eux.

Jésus S'introduit Lui-même dans cette communion. Il y apporte la plénitude de Sa vie, et donc de la vie du Royaume qu'Il a apporté au monde. Il l'y apporte pour tous les temps à venir, jusqu'au jour où Il reviendra comme Roi triomphant de Son Royaume pleinement révélé. Le christianisme est précisément la participation à cette vie du Christ, le fait d'avoir part à la vie de Son Royaume. Tout le reste n'est que son cadre, un contexte historique qui peut prendre n'importe quelle forme, pourvu qu'il ne contredise pas la tâche principale. À la rigueur, on peut même s'en passer complètement, pourvu que demeure ce qui a commencé lors de la Cène. C'est en effet cela qui fait de l'Église l'Église. Le reste sera donné par surcroît, s'il est nécessaire.