RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Lc 18:1-17

En quel sens Jésus nous appelle-t-Il à être « comme des enfants » ? En quoi la perception du monde propre à l'enfant diffère-t-elle tellement de la nôtre ? On peut trouver une indication de la réponse dans la parabole du publicain et du pharisien. Il semblerait que le pharisien dise sur lui-même l'entière vérité. Il était peu probable qu'il fût hypocrite lorsqu'il remerciait Dieu de ne pas être comme le publicain qui se tenait à côté de lui. Aucun pharisien ne se serait jamais permis de commettre sciemment un péché. Il y avait bien sûr des exceptions, mais dans l'ensemble les pharisiens, gens profondément et sincèrement religieux, cherchaient réellement à éviter tout péché.

Or devenir publicain, percepteur d'impôts, et collaborer avec le pouvoir romain constituait aux yeux des pharisiens un péché manifeste. Et le publicain lui-même, il faut le remarquer, n'en doute absolument pas : il demande seulement à Dieu de lui pardonner les péchés qu'il a commis, sans même essayer de se justifier. Il comprend aussi bien que le pharisien qui se tient à côté de lui qu'en dehors de ses péchés, il n'a rien à présenter à Dieu. Le pharisien est dans une autre situation : il a quelque chose à dire à Dieu et quelque chose dont Le remercier. En effet, quelle personne religieuse ne remercie pas Dieu pour la vie qu'Il lui a donnée ? Du moins tant que cette vie se déroule plus ou moins régulièrement, sans crises particulières ni effondrements spirituels.

Le problème n'est pas ici de savoir avec quoi chacun est venu devant Dieu. Le problème est de savoir qui le pharisien regarde et qui le publicain regarde. Le pharisien se regarde lui-même. Il énumère ses mérites devant Dieu et s'admire. C'est comme s'il disait à Dieu : regarde comme Tu m'as bien réussi ! Merci, Seigneur, de m'avoir fait si bon. Et même une telle gratitude n'aurait rien de mauvais, à ceci près que le pharisien n'a pas le temps de communiquer avec Dieu. Il est occupé à se mettre en scène. Il se présente lui-même à son Dieu.

Mais Dieu veut une communication simple et ordinaire. Il connaît déjà chacun, Il sait que le pharisien a réussi sa vie religieuse. Ce qui Lui importe, c'est qu'il réussisse tout autant sa vie spirituelle. Et pour cela, la personne doit regarder non pas elle-même, mais Dieu, même si elle est très religieuse, et peut-être surtout si elle l'est. On ne peut vivre d'une vie spirituelle qu'en gardant les yeux fixés sur Dieu. Comme le publicain. Il se repent de ses péchés sans détacher son regard de Dieu. C'est cela l'essentiel. Dieu fera le reste. Il n'existe pour Lui aucun péché insurmontable. Et c'est ici que les enfants ont plus de facilité que les adultes.

Jusqu'à un certain âge, ils ne prêtent généralement presque aucune attention à eux-mêmes ni à l'apparence qu'ils ont aux yeux des autres. Ils ne sont pas centrés sur eux-mêmes. Même si un enfant est nettement introverti, il ne se regarde pas. Il vit simplement dans son monde intérieur et regarde ce monde intérieur, non lui-même. Ce détachement de soi est la condition la plus importante d'une vie spirituelle pleine. Autrement, il est impossible de garder les yeux fixés sur Dieu, et un tel regard est une condition nécessaire du salut. Nécessaire et, dans l'ensemble, suffisante, car rien n'est impossible à l'amour de Dieu.