RÉFLEXIONS pour Jn 19:17-42
Dans le récit que Jean fait de la crucifixion, la solitude du Sauveur sur la croix retient l'attention. L'évangéliste ne mentionne pas les apôtres qui se tiennent à distance ; il ne décrit en général rien d'autre que la croix elle-même et ce qui se passe à son pied, peut-être parce qu'il s'y tenait lui-même à ce moment-là (v. 25–27 ; de nombreux commentateurs pensent qu'en mentionnant le disciple qui n'est pas nommé, Jean parle de lui-même). Mais l'apôtre ne dit rien non plus de la conversion de l'un des brigands crucifiés avec Jésus, ni des paroles du Sauveur rapportées par les autres évangélistes. À en juger par le témoignage de Jean, Jésus ne prononça sur la croix que deux paroles : « J'ai soif ! » (v. 28) et « Tout est accompli ! » (v. 30). Auparavant encore, en deux brèves phrases, Il avait confié l'un à l'autre Sa Mère et le disciple qui se tenait près de la croix, probablement Jean lui-même (v. 26–27). De toute évidence, Jean ne retient dans les paroles du Sauveur que ce qui le concerne lui-même et ce qui lui paraît le plus important. Il semble que l'évangéliste voie dans ces deux paroles de Jésus le sens de tout ce qui se passe.
La scène décrite par Jean n'était probablement pas seulement un souvenir des événements survenus près de la croix, mais le fruit de longues années de réflexion à leur sujet. Pour l'évangéliste, semble-t-il, « Tout est accompli ! » ne signifiait pas simplement que le Sauveur avait achevé Sa mission terrestre, bien qu'en se tenant au pied de la croix l'apôtre ait probablement dû comprendre Ses paroles précisément ainsi. Mais plus tard, après avoir rencontré le Ressuscité et reçu la révélation qu'il décrivit dans le Livre du même nom, Jean comprit apparemment que Jésus parlait aussi de la fin de l'histoire, de cette fin des temps que beaucoup attendaient et que très peu remarquèrent. Jean ne mentionne pas les signes décrits par les autres évangélistes : la tempête qui transforma le jour en nuit, le tremblement de terre, le voile déchiré du Temple. Pour lui, tout tenait en une seule parole, « Tout est accompli ! », prononcée par Jésus au moment de Sa mort sur la croix.
Mais quelque chose d'autre encore frappa l'apôtre. Jésus mourait sur la croix comme un homme tout à fait ordinaire. Celui Qui, durant Son ministère terrestre, pouvait nourrir des milliers de personnes avec quelques pains souffrait de la soif, de la même soif ordinaire que chacun aurait éprouvée à Sa place, et ne pouvait rien y faire. Il ne le pouvait pas, non parce qu'Il avait cessé d'être Celui qu'Il était né parmi les hommes pour être, mais parce qu'une mort humaine ordinaire faisait elle aussi partie de Son ministère terrestre, au même titre que les miracles et les manifestations du Royaume, impossibles dans le monde pour quiconque sauf Lui.
Jean ne mentionne pas les appels moqueurs adressés à Jésus pour qu'Il descende de la croix, dont témoignent les autres évangélistes. Peut-être ne les avait-il pas entendus, car de tous les apôtres il était le seul à se trouver aussi près du Maître crucifié, et il est fort possible qu'il n'ait prêté aucune attention à la foule qui se tenait à une certaine distance. Mais il comprit sans aucun doute l'essentiel : tout ce qui se passait n'était devenu possible que par la libre volonté du Sauveur du monde, Qui avait tout accepté pour ceux qu'Il voulait sauver. Tel était le prix du salut et le prix du Royaume.
