RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Mt 14:22-36

La lecture d'aujourd'hui nous raconte comment Jésus a apaisé la tempête qui s'était levée sur le lac de Génésareth pendant que Ses disciples gagnaient l'autre rive. Et c'est généralement ce fait même qui impressionne le plus le lecteur, car il souligne ainsi le pouvoir de Jésus sur les forces de la nature, qui échappent à l'homme ordinaire.

Pourtant, ici encore, ce qui se présente à nous n'est rien d'autre qu'une manifestation de la plénitude du Royaume. Il commence véritablement à pénétrer notre monde, qui n'est pas encore entièrement transfiguré, et à en changer la nature. En réalité, nous n'assistons pas ici à l'apaisement de la tempête, mais à sa disparition dans la paix où demeure toujours le Royaume. Cette disparition diffère de l'apaisement tout comme les guérisons accomplies par Jésus diffèrent d'un traitement ordinaire obtenu par des moyens purement médicaux. Jésus ne traite pas les maladies, Il introduit simplement la personne dans le Royaume, où elles n'ont pas de place, et la personne se retrouve en bonne santé. Il en va de même pour la tempête : portant le Royaume en Lui, Jésus ne l'apaise pas, mais transfigure la nature et en fait une partie du Royaume, où la tempête n'a pas de place. Ce n'est pas un hasard si Lui-même ne navigue pas, mais marche sur l'eau. De toute évidence, dans le Royaume la nature même de l'eau change au point qu'un homme peut marcher dessus, tandis que dans notre monde non transfiguré il ne peut marcher ainsi que sur la terre ferme.

On pourrait bien sûr supposer que Jésus seul est capable d'une telle chose, mais cette hypothèse est démentie par le fait que Pierre lui aussi a pu marcher sur l'eau exactement comme son Maître (vv. 28–29). Mais seulement tant qu'il regardait Jésus. Il lui a suffi de jeter les yeux sur le lac déchaîné pour que la peur s'empare de son cœur et qu'il commence à s'enfoncer (v. 30).

Ici encore, nous voyons une manifestation du Royaume. En effet, Pierre pouvait marcher sur l'eau tant qu'il regardait Jésus et demeurait avec Lui dans le Royaume. Celui-ci était pour lui l'unique réalité, et c'est pourquoi il pouvait marcher sur l'eau sans que la tempête lui fasse de mal, car il n'y a pas de tempête dans le Royaume. Mais il lui a suffi de laisser la peur prendre possession de son cœur pour que cette peur le sépare instantanément du Royaume. Celui-ci disparaît, et il ne reste autour de lui que les éléments déchaînés. Sans la main tendue du Sauveur, tout aurait pu finir très tristement pour lui (v. 31). Ce n'est pas un hasard si Jésus, en tendant la main à Son disciple, lui pose aussitôt la question de son manque de foi. Aujourd'hui, alors que le Royaume pénètre de plus en plus notre monde, seule notre propre foi détermine s'il deviendra pour nous la réalité véritable et suprême ou s'il ne restera qu'un beau rêve et un idéal inaccessible.