RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Rm 8:38-39

Au fond, tout témoignage chrétien est toujours un témoignage rendu au Royaume. Rien d'étonnant à cela : la tâche principale et le sens essentiel du ministère terrestre du Sauveur étaient d'apporter le Royaume dans le monde, tandis que son œuvre principale par la suite, aujourd'hui comme désormais jusqu'à son retour dans la gloire, est devenue la croissance de ce Royaume dans notre monde en voie de transfiguration, mais pas encore transfiguré. Or, il est possible de lui rendre témoignage de différentes manières, et l'une des formes centrales est le témoignage rendu à l'amour qui le pénètre. Cela est naturel : le Sauveur lui-même a parlé de l'amour mutuel comme d'un « commandement nouveau ». Qu'y a-t-il donc de nouveau, pourrait-on penser, dans ce qui est aussi vieux que le monde ? Et n'avait-on pas déjà beaucoup parlé de l'amour avant la venue du Messie ?

Et pourtant, il y a dans les paroles de Jésus quelque chose de nouveau et d'important. Bien sûr, l'amour (du moins au sens où ce mot est employé dans les livres bibliques) avait toujours supposé avant tout une certaine attitude envers le prochain : celle qui consiste à vouloir son bien. Mais Jésus parle de davantage : il parle du Royaume, où l'amour devient non pas une simple attitude, mais le milieu de vie de ses habitants, ce milieu spirituel sans lequel le Royaume n'existe pas. L'amour constitue en un certain sens son fondement, sa substance spirituelle, de même que les substances naturelles forment le milieu de notre monde non transfiguré.

Et si une personne a pris part au Royaume, si elle en est devenue une habitante et s'est entièrement plongée dans ce milieu spirituel, il est véritablement impossible de l'en arracher. Car le Royaume n'appartient pas à notre monde et ne vit pas selon ses lois ; il entre dans notre monde en le transfigurant, en changeant sa nature même, sans pour autant devenir une partie ou un élément de l'ancien ordre des choses qu'il est appelé à transfigurer. Rien d'étonnant à ce que le monde non transfiguré ne possède aucune force capable d'influer sur les liens qui unissent une personne au Royaume et à ses habitants. Ce qui les unit, c'est cet amour dont le Sauveur lui-même a donné l'exemple à ses disciples et que des personnes menant une vie juste, appartenant aux confessions chrétiennes les plus diverses, ont manifesté plus d'une fois : un amour que nul ne peut véritablement ôter à une personne, à moins qu'elle ne le trahisse elle-même.