RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Lc 6:17-23

Bien des paroles évangéliques devraient nous paraître étranges si nous réfléchissions vraiment à leur sens. Pourquoi, en effet, faudrait-il appeler « heureux » ceux qui pleurent, ceux qui ont faim ou ceux qui sont persécutés ? Et en quoi la « pauvreté d'esprit » peut-elle aider ? Certes, celui qui a faim et sait qu'on va bientôt le nourrir est heureux parce qu'il obtiendra bientôt ce qu'il désire. Celui qui pleure de chagrin peut être tout aussi heureux s'il est certain qu'on soulagera bientôt sa peine, tout comme le persécuté qui comprend qu'il ne lui reste plus longtemps à endurer. Mais tout cela n'est encore qu'un bonheur à venir, tandis que Jésus parle de la béatitude de ces personnes dès maintenant, alors que le triomphe du Royaume est encore futur.

Peut-être trouverons-nous une réponse en revenant au sens premier du mot « heureux » ou, plus exactement, à celui de son original hébreu, qui désignait une personne recevant de Dieu force et soutien. Tout se met alors en place : tous ceux que Jésus nomme peuvent réellement s'en remettre à Dieu dans l'attente du triomphe prochain du Royaume que le Sauveur a apporté au monde. Quant à la pauvreté d'esprit qu'Il mentionne (bien que Jésus, qui parlait araméen, ait très probablement dit ici simplement « les pauvres »), elle était une condition nécessaire pour recevoir l'aide d'en haut. En effet, on ne peut se confier entièrement à Dieu que lorsqu'on sait avec certitude qu'en dehors de Lui, il n'y a véritablement personne ni rien d'autre en qui espérer. Alors le chemin vers le Royaume, auparavant d'une difficulté inconcevable, devient non pas simple, mais léger, comme le fardeau dont parle le Sauveur.