RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Mt 14:14-22

Qu'y a-t-il de principal dans le repas que Jésus organise pour les hommes qui l'écoutent? On pourrait dire: le miracle, et ce serait vrai. Mais qu'est-ce qu'un miracle? On pourrait encore dire: la manifestation du Royaume, et ce serait vrai également. Mais le Royaume, c'est le souffle de Dieu, la puissance de Dieu et l'amour de Dieu qui agissent d'une certaine manière. De quelle manière exactement? L'évangéliste l'explique en mentionnant la bénédiction de la nourriture par Jésus.

On pourrait penser qu'il n'était pas nécessaire de mentionner spécialement une chose aussi ordinaire dans la vie juive que la bénédiction. Pourtant l'évangéliste la mentionne, et probablement pas par hasard. Qu'était donc cette bénédiction de la nourriture habituelle chez les Juifs? Au fond, rien d'autre qu'une invitation adressée à Dieu pour qu'il sanctifie la table et se joigne au repas, où il était toujours attendu comme l'hôte le plus cher. Jésus fait manifestement de même: il invite son Père céleste à se joindre au repas qu'il organise pour les hommes qui l'écoutent. Mais la présence de Dieu donne toujours une qualité nouvelle à l'assemblée elle-même. Le peuple de Dieu est un peuple-communauté: c'est ainsi que Dieu l'a conçu. Toute assemblée sacrée, y compris dans une maison, révèle et actualise cette qualité, la rendant réelle là et au moment où ceux qui sont réunis invoquent Dieu pour qu'il bénisse leur communion. Alors le lieu où se réunissent ceux qui invoquent Dieu devient un espace sacré; il n'est déjà plus simplement le lieu où se rassemble la communauté, mais le lieu de la présence de Dieu.

Et si le repas est béni par celui qui a apporté le Royaume dans le monde dans toute sa plénitude? Quelle doit être alors la mesure de la plénitude de la présence divine? Il est évident qu'il faut parler ici non plus simplement d'un espace sacré comme lieu de la présence de Dieu et de la rencontre des fidèles avec lui, mais du Royaume, qui est précisément cet espace sacré dans toute sa plénitude possible. Là, non seulement la présence de Dieu est manifestée comme nulle part ailleurs, mais la rencontre devient non plus un simple épisode, mais la norme de la vie, car la vie dans le Royaume est la vie dans la présence de Dieu, sans laquelle il n'existe aucun Royaume. Et lorsque Jésus bénit la nourriture, tous ceux qui se trouvent près de lui deviennent, au moins pour un temps, des habitants du Royaume.

Bien sûr, une telle participation ne garantit encore rien par elle-même; on peut la considérer comme une sorte d'avance spirituelle. Mais cette avance peut aussi devenir le premier pas sur le chemin du Royaume, et donc sur le chemin du salut.