RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Rm 13:5

Les paroles de Paul sur le pouvoir, qui ne peut pas ne pas venir de Dieu, provoquent souvent chez les lecteurs de son épître une protestation intérieure. Il est trop évident que les représentants du pouvoir utilisent souvent leurs « épées » nullement pour de bonnes œuvres, même au sens où ils comprennent eux-mêmes le bien, et il n'est même pas question des lois de Dieu. Pourtant les paroles de l'apôtre sont loin d'être aussi univoques, même si l'on les aborde formellement et que l'on arrache de leur contexte l'affirmation de Paul sur le « pouvoir qui ne vient pas de Dieu ». En tout cas, on ne pourra certainement pas les utiliser pour soutenir quelque pouvoir concret que ce soit: car si tout pouvoir vient réellement de Dieu, on ne peut parler de la légitimité d'un pouvoir concret et de dirigeants concrets que tant que ce pouvoir existe et que ces dirigeants demeurent au pouvoir. Et en cas, par exemple, de coup d'État ou de révolution, il faudra reconnaître le nouveau pouvoir, qui ne peut pas ne pas venir de Dieu.

Bien sûr, les partisans du pouvoir renversé parleront d'illégalité, de rébellion, peut-être même de violation d'un commandement de Dieu; mais, comme l'a dit à ce propos le poète, « une révolte ne peut réussir: dans le cas contraire, on l'appelle autrement ». S'il en est ainsi, le nouveau pouvoir est donc lui aussi « de Dieu », comme le précédent. Mais dans ce cas, il est évident que Dieu ne soutient directement aucun pouvoir. Il lui permet simplement d'être, quel qu'il soit et sous des formes diverses, selon la situation et selon l'état spirituel du peuple qui engendre ce pouvoir. Les théologiens parlent alors non plus de la volonté de Dieu, mais de sa permission: non de ce qu'il soutient, mais de ce qu'il laisse exister sans participer directement au processus de cette existence par sa volonté; il le permet parfois pour éviter une option pire, et parfois simplement faute d'alternative.

Dans l'ensemble, on peut considérer une telle attitude envers l'État et le pouvoir d'État comme généralement biblique: la Bible ne connaît pas de bon pouvoir. Le pouvoir ne peut être que mauvais ou très mauvais. Parfois, avec l'aide de Dieu, il est possible d'obtenir qu'en un lieu concret et à un moment concret le pouvoir ne soit pas trop mauvais; mais personne n'a encore réussi à le rendre bon du point de vue de Dieu. Il n'y a pourtant pas de sens à faire de la lutte politique une fin en soi. Pour les partisans du messianisme politique, qui ne manquaient pas au moment de la rédaction de l'épître, une telle approche de l'apôtre était inacceptable: eux étaient précisément convaincus que le Messie devait devenir un roi terrestre, et c'est pourquoi la lutte politico-religieuse leur paraissait aller de soi, tout comme la guerre pour le Royaume par laquelle elle finirait inévitablement un jour.

Pour Paul, il était évident qu'une guerre pour le Royaume contre les pouvoirs terrestres est absurde, puisqu'il est déjà entré dans le monde sans aucune guerre, au-dessus de toutes les barrières politiques. Mais cela ne supprime pas la nécessité de faire un choix lorsque, selon la conscience, il est impossible de se soumettre au pouvoir terrestre. Ce n'est pas par hasard que l'apôtre dit qu'il est sensé d'obéir au pouvoir terrestre non par peur, mais précisément par conscience, c'est-à-dire lorsque la conscience ne condamne pas une telle obéissance. Mais si cela se fait contre la conscience, il n'y a pas de sens à obéir: Dieu n'a pas besoin d'une telle obéissance, car elle devient alors une formalité vide et ne fait que détruire cette intégrité intérieure de l'homme sans laquelle il ne peut y avoir de vie spirituelle normale.

Tant que l'obéissance au pouvoir terrestre n'empêche pas la vie chrétienne, elle est le choix le plus juste. Mais si une telle obéissance détruit la vie chrétienne en forçant à agir contre la conscience, elle perd tout sens et devient spirituellement destructrice. Une telle position est parfaitement compréhensible: car le but de la vie chrétienne est de demeurer dans le Royaume, et tout ce qui empêche cette demeure doit être éliminé de la vie, qu'il s'agisse de la loyauté au pouvoir terrestre ou de l'absence d'une telle loyauté.