RÉFLEXIONS pour Mt 13:31-36
En comparant le Royaume au grain de moutarde et au levain, Jésus attire l'attention sur certaines de ses particularités qui, à première vue, peuvent paraître paradoxales, même si, en y réfléchissant, il s'agit d'une antinomie propre à la vie spirituelle en général. En effet, si le Royaume peut, à une certaine période de sa formation, se révéler tout à fait imperceptible, comme un grain de moutarde ou du levain dans la pâte, s'il tient dans le cœur de l'homme, il semblerait qu'il faille parler d'une réalité purement subjective, d'un état spirituel intérieur de l'homme. D'un autre côté, au terme du chemin, le Royaume n'apparaît pas du tout subjectif; au contraire, il est difficile d'imaginer quelque chose de plus manifeste et objectif, déterminant à ce point non seulement le destin éternel des personnes, mais aussi le sort de toute la création de Dieu dans son ensemble. Qu'est donc le Royaume: une expérience intérieure ou une donnée objective qui se révèle de plus en plus dans le monde?
À en juger par les paroles de Jésus, il est à la fois l'un et l'autre. Et si l'on réfléchit à ce qu'est le Royaume, on verra qu'il ne peut en être autrement. En effet, lorsqu'ils parlent du Royaume, Jésus lui-même et tous les apôtres ont avant tout en vue des relations: les relations des chrétiens entre eux, leurs relations avec Jésus, et enfin les relations de Jésus lui-même avec le Père. Or les relations naissent, pour parler la langue biblique, dans la profondeur du cœur humain; elles sont les manifestations de ce « moi » spirituel qui détermine toute la qualité de la vie de l'homme, ses intentions, son système de valeurs et ses priorités. C'est pourquoi le chemin vers le Royaume commence dans le cœur de celui qui cherche, tout comme, d'ailleurs, le chemin de la justice. Mais lorsque les relations entre l'homme et Dieu s'établissent et se fortifient, elles acquièrent leur propre dynamique, leur propre espace spirituel, qui existe aussi objectivement que Dieu et l'homme qui le cherche. Et lorsqu'il s'agit du Christ et du Royaume, c'est lui-même qui entre dans cette dynamique, lui qui a apporté le Royaume dans le monde et qui est prêt à en ouvrir le chemin à quiconque cherche.
C'est pourquoi le Royaume naît avant tout dans le cœur: car les relations de l'homme avec le Christ s'établissent de la même manière que toutes les autres, depuis la même profondeur spirituelle. Et si des pousses de vie nouvelle, de vie du Royaume, peuvent apparaître quelque part dans le monde non transformé, c'est précisément là, dans la profondeur du cœur humain. Il n'y a pas d'autre place pour le Royaume dans le monde déchu. Ensuite, ces pousses, après avoir germé, se tendront vers ce qui leur est apparenté. Et le Royaume se révélera dans le monde dans toute sa plénitude transfigurante.
