RÉFLEXIONS pour Mt 11:27-30
Jésus caractérise parfois le Royaume d'une manière absolument étonnante et paradoxale. Que dire, par exemple, du « joug bon » ou du « fardeau léger »! Pourtant de telles définitions décrivent très précisément ce que le Royaume devient pour l'homme déchu.
Chez un homme normal, le joug ne peut guère être associé à quelque chose de positif: dans le sens initial du mot, le joug est l'instrument que l'on plaçait symboliquement sur un homme réduit en esclavage en signe de sa nouvelle condition. Et le fardeau s'associe plutôt, dans notre conscience, à un poids qu'il faut porter simplement parce qu'on ne peut pas le déposer, et certainement pas à la légèreté de l'être. Pourtant, pour la nature humaine déchue, le Royaume devient réellement un fardeau, tout comme l'homme déchu ne peut parcourir le chemin vers le Royaume que s'il prend sur lui, comme disaient les rabbins savants de cette époque, le « joug de la Torah ».
Dans la bouche de Jésus, le « joug de la Torah » devient le « joug du Royaume », car il s'agit de la même lutte intérieure propre à tout homme déchu qui veut marcher sur le chemin de la justice. Ce n'est pas un hasard si Paul disait lui aussi que par la Torah vient la connaissance du péché: ce sont précisément les tentatives de marcher sur le chemin de la justice, de suivre la Torah, qui révèlent à l'homme sa véritable nature pécheresse; alors le chemin de la justice devient lourd, et la Torah, un joug assumé librement.
Mais Jésus parle de davantage: il n'a pas apporté dans le monde la Torah, que le monde connaissait déjà avant sa venue, mais le Royaume, où celui qui marche sur le chemin de la justice pouvait enfin recevoir du soulagement en atteignant le but. Désormais même le fardeau de sa propre condition pécheresse, que l'on ne commence à sentir qu'en essayant d'observer les commandements, devient léger: car désormais la réalité n'est pas seulement le monde déchu, mais aussi le Royaume avec sa vie; et plus son propre péché devient lourd, plus se fait sentir le souffle du Royaume, qui en allège la pesanteur. Cette dualité est inévitable, elle subsistera jusqu'à la fin des temps, jusqu'à la transfiguration complète de la nature humaine; mais cette dualité inspire en elle-même l'espérance, car elle témoigne que le Royaume entrant dans le monde n'est pas une fiction, mais une réalité.
