RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Rm 14:14

Dans le yahvisme, comme dans le judaïsme, les notions de pureté et d'impureté étaient essentielles dans la vie religieuse. À première vue, on pourrait croire qu'il s'agit de restrictions purement rituelles, partiellement empruntées au monde païen. Mais ce n'est tout de même pas exactement le cas. Les notions de pureté et d'impureté étaient liées aux représentations de la vie et de l'homme propres au yahvisme d'avant l'exil, qui devinrent ensuite habituelles pour le judaïsme aussi. La Bible décrit l'homme comme un être double et un, spirituel et naturel. Dieu « insuffle » dans les « narines » de l'homme, comme le dit le texte hébreu, ce souffle de vie qui fait de lui un homme. La vie humaine elle-même est un flux qui comprend une composante spirituelle et une composante naturelle. Le souffle divin de vie y entre en contact avec la nature, la pénétrant et en changeant la qualité. Ce flux de vie est désigné par le mot hébreu que l'on traduit habituellement par « âme ».

Il est naturel que l'intensité et la qualité de ce flux vital puissent varier. Dans le monde et dans la vie humaine, il existe quelque chose qui en obstrue le lit et en ralentit le cours: c'est ce qu'on appelle, dans la langue biblique, l'impureté ou la souillure. En premier lieu, bien sûr, les conséquences du péché commis souillent l'homme. Mais aux temps préchrétiens, il y avait dans le monde d'autres choses qui pouvaient souiller l'homme, conduire à l'appauvrissement et à l'épuisement du flux de sa vie. Tout ce qui se rapporte à la mort, à la décomposition, à l'entropie, tout cela diminuait la mesure de la plénitude de la vie humaine et en abaissait la qualité. Dans un tel état, la rencontre avec Dieu devenait problématique pour l'homme, voire totalement impossible: car pour le rencontrer, pour vivre la réalité de sa présence au lieu qu'il a lui-même choisi, il faut déjà posséder un certain minimum de plénitude et d'intensité de sa propre existence. Dans le shéol, dans le royaume des morts, on ne glorifie pas Dieu parce que sa présence ne s'y manifeste pas: l'existence qu'y mènent les morts est une existence au minimum, lorsque le flux de la vie est presque entièrement tari. Avant la venue du Christ, il fallait tenir compte de tout cela.

Mais avec le Christ, le Royaume est entré dans le monde avec toute sa plénitude de vie, auparavant invisible et inconnue. Désormais, quiconque vit de cette vie n'a plus à craindre que certains processus du monde non transformé l'empêchent de vivre toute la plénitude de la vie du Royaume. Désormais, seul son propre péché peut faire obstacle à l'homme. Et, bien sûr, la peur de l'impureté: car la peur crée souvent elle-même son propre objet. Celui qui continue de craindre l'impureté du monde déchu en subira inévitablement l'effet. Quant aux autres, ceux qui ont choisi le Christ et le Royaume, ils n'ont pas à s'en inquiéter: car le souffle du Royaume est plus fort que toutes les forces destructrices de ce monde.