RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Jn 16:2-13

En parlant à ses disciples du Royaume, Jésus a mentionné plus d'une fois son incompatibilité organique avec le monde non transfiguré. C'est par cela, et par rien d'autre, qu'il explique aussi les persécutions qui deviendront le compagnon inévitable des chrétiens tout au long du chemin historique de l'Église. Qu'est-ce donc qui se révèle pour le monde une dénonciation absolument insupportable, provoquant une réaction aussi violente?

Avant tout, bien sûr, le témoignage que « le prince de ce monde » est déjà jugé. Si, sans doute, il était précisément question du diable, des forces obscures, des forces du mal, il n'y aurait pas une réaction aussi vive à ce témoignage. Mais il s'agit du « prince de ce monde », et donc de tout l'ordre des choses existant dans le monde. Même les justes qui suivent la Torah y sont justifiés non parce qu'ils font partie de ce monde, mais parce que, et dans la mesure où, étant justes et suivant la Torah, ils ne lui appartiennent déjà plus. Le monde voudrait s'approprier tout ce qui arrive parfois de bon en lui malgré sa propre nature, et se dissocier de tout le mal qu'il engendre lui-même en vertu de cette nature; et le Royaume, en entrant dans le monde, témoigne de sa vraie nature, corrompue par le péché, provoquant ainsi la fureur des forces de ce monde, la fureur du malfaiteur à qui l'on a publiquement arraché le masque.

Un irritant supplémentaire est le rappel de celui que le monde voudrait oublier, mais qu'on lui rappelle sans cesse. Non, bien sûr, si l'on rappelait au monde Jésus comme, par exemple, un grand théologien, un réformateur religieux ou, à la rigueur, un maître de morale, ce serait encore supportable: après tout, il n'est ni le premier ni le dernier. Mais on le désigne comme quelqu'un d'unique et d'incomparable, qui de surcroît ne veut absolument tenir compte ni du monde, ni de ses faiblesses et de ses péchés.

À ce qu'il apparaît, le conflit est provoqué par l'essence même des différences qui séparent le Royaume et le monde embourbé dans le mal. Il n'est pas étonnant qu'il dure jusqu'à la fin des temps, ne faisant que s'aiguiser au fil des années.