RÉFLEXIONS pour Jn 9:1-38
En quoi la vie spirituelle diffère-t-elle de la vie religieuse? Sans doute avant tout par son rapport au miracle. Cela n'a rien d'étonnant: le miracle est une révélation manifestée par Dieu, qu'il est très difficile à une personne religieuse d'ignorer. La religion se trouve dans une position ambiguë à l'égard du miracle: l'homme non religieux n'a absolument pas besoin des miracles; il peut se permettre de les ignorer en principe, en les rangeant simplement dans le domaine de l'inexplicable, du moins provisoirement, et s'en tenir là. Il en va autrement de l'homme religieux: en général, la religion a besoin de miracles et s'appuie sur eux à un degré ou à un autre; par conséquent, la conscience religieuse ne peut pas ignorer le miracle comme le fait la conscience non religieuse.
Cependant la religion n'accepte pas n'importe quel miracle, mais seulement celui qui ne contredit pas sa propre doctrine; la conscience religieuse évalue donc chaque miracle qui entre dans son champ de vision. Si ce qui s'est produit entre dans le cadre de la doctrine religieuse correspondante, le miracle est jugé authentique; sinon il est perçu comme faux ou inauthentique, venant par exemple non de Dieu mais des forces obscures. Du point de vue d'une personne vivant une vie spirituelle pleine, le miracle en lui-même est un témoignage suffisant de l'intervention de Dieu.
Du point de vue de celui pour qui la religion occupe la première place, il faut évaluer le miracle selon sa conformité à la doctrine, à peu près, bien que pas nécessairement exactement, comme le font les pharisiens lorsqu'ils examinent la question de la guérison de l'aveugle-né. Ils sont prêts à reconnaître le miracle, mais seulement si l'on trouve une explication qui entre dans le cadre de leur conception religieuse et théologique; sinon, ils sont prêts à remercier Dieu pour ce qui a été accompli, mais nullement à reconnaître la justesse de Celui par qui il a accompli ce qu'il a accompli.
Ainsi la primauté de la religion conduit dans une impasse spirituelle celui qui est prêt à suivre sans réserve ses propres conceptions religieuses, malgré tous les témoignages reçus d'en haut.
