RÉFLEXIONS pour Jn 9:39-10:9
Que veut dire Jésus lorsqu'il parle de ceux qui sont venus avant lui? Si l'on considère l'aspect purement historique, la réponse est assez claire: il s'agit manifestement des nombreux prétendants à la messianité qui apparaissaient alors en Judée presque chaque jour, et qui apparaissaient pour, selon la parole de Jésus, « voler, tuer et détruire ». Tous, en effet, terminaient leur prédication par un appel à la révolte, à la guerre messianique, appel qui était presque toujours entendu, et les conséquences ne se faisaient pas attendre: l'armée romaine réprimait durement et impitoyablement tous ces mouvements. Jésus, lui, parle de lui-même comme du Pasteur qui prend soin des brebis et ne veut pas les perdre inutilement, car il a apporté dans le monde le Royaume, dont l'établissement n'exige aucune révolte.
Mais ce n'est là qu'un aspect de la question. En parlant des faux pasteurs, Jésus s'adresse aussi aux pharisiens: ce sont eux qu'il appelle aveugles, et il leur dit que s'ils reconnaissaient leur aveuglement, ils ne porteraient pas de péché. Or les pharisiens, dans leur ensemble, à la différence par exemple des zélotes, n'étaient pas partisans de la guerre sainte, bien qu'ils attendissent évidemment le Messie tout autant. De quoi donc Jésus les accuse-t-il? On ne pouvait certainement pas les accuser de négliger le soin des âmes: à cet égard, les maîtres pharisiens et les rabbins étaient très zélés. Mais vers quoi se dirigeait leur zèle? Avant tout, et cela n'a rien d'étonnant, vers l'éducation religieuse de leur troupeau.
Pourtant la religion, par elle-même, ne garantit pas encore une vie spirituelle pleine. Elle peut être une aide comme un obstacle sur le chemin du Royaume: si on en fait une fin en soi, les conséquences pour la vie spirituelle peuvent être très tristes. Les pharisiens ont toujours été enclins à cette absolutisation, même si, comme toujours en pareil cas, beaucoup dépendait des personnes concrètes. Mais, malheureusement, il y eut bien des guides prêts à sacrifier l'homme au nom des normes et des règles religieuses, et les paroles de Jésus s'appliquaient pleinement à eux.
Bien sûr, beaucoup de ceux qui devaient conduire les hommes sur le chemin spirituel n'y étaient objectivement pas prêts. Dans ce cas, il aurait suffi de reconnaître simplement leur incapacité pour se décharger de leur responsabilité: personne n'aurait plus attendu de direction de celui qui se serait reconnu tel. Mais ceux qui étaient prêts à un tel aveu étaient, comme d'habitude, très peu nombreux: qui donc voudrait signer sa propre incapacité pastorale?
Alors les pasteurs devenaient précisément ces faux pasteurs dont parlait Jésus. Et ils portaient un péché: car le mensonge est toujours péché, et le faux pastorat est un péché redoublé. Il y va ici du chemin de la justice et du chemin vers le Royaume, donc du salut, c'est-à-dire de ce avec quoi on ne peut pas jouer.
