RÉFLEXIONS pour Mt 15:1-20
La lecture d'aujourd'hui touche l'une des questions les plus importantes de la vie religieuse : celle du rapport entre l'Écriture sainte et la tradition. Pour toute religion, le problème de la pureté rituelle a toujours été central : car la pureté rituelle détermine la possibilité même de participer pleinement à la vie religieuse. Il n'est pas étonnant que les adeptes des écoles religieuses pharisiennes, en hommes d'une piété exceptionnelle, aient posé à Jésus des questions concernant les normes juives et les règles de pureté rituelle. La question du lavage des mains fait partie de ces questions (v. 1-2).
Il ne s'agit ici, bien sûr, pas d'hygiène, mais d'une ablution purificatrice qu'il fallait accomplir avant le repas. D'ailleurs, la référence à la « tradition des anciens » suppose manifestement qu'il ne s'agit pas d'un commandement de la Torah, c'est-à-dire de l'Écriture sainte, mais de son interprétation liée à la tradition pharisienne. Jésus répond par une question à la question : peut-on remplacer le commandement donné par Dieu et clairement exprimé dans l'Écriture par des opinions humaines formées au sein de quelque tradition que ce soit, même autorisée ? Car toute tradition est le fruit de la créativité humaine, tandis que le commandement est donné par Dieu (v. 3). En répondant ainsi, Jésus semble s'écarter de la question, du moins pour un temps. Pourtant, très bientôt, Il y répond aussi, ramenant Ses auditeurs à la compréhension de la pureté que la Torah présupposait dès l'origine (v. 10-11, 16-20).
Mais à une lecture plus attentive, il devient clair que cette réponse est directement liée à la question de la tradition authentique et de la tradition illusoire. La tradition authentique place toujours au premier plan l'état spirituel de l'homme, ainsi que sa relation avec Dieu et avec le prochain. C'est cela qui détermine le destin de l'homme dans le Royaume, et aussi, d'ailleurs, s'il pourra même y entrer. Pour la conscience religieuse, en revanche, la forme extérieure est importante ; toute religiosité porte en elle quelque chose de magique, même lorsqu'il s'agit de la religion de la Révélation. Et il arrive souvent que les expressions extérieures de la religiosité deviennent plus importantes que l'essentiel. Sans doute, Dieu est plus important que la famille ; mais cela signifie-t-il que l'offrande au Temple est plus importante que l'aide aux parents âgés ? À peine, car une telle offrande ne détermine pas en elle-même la qualité de la relation de celui qui l'offre avec Dieu. Bien plus, elle peut très bien devenir un moyen d'oublier ses parents âgés sans éprouver le moindre remords : formellement, le commandement n'est pas violé ! Un tel formalisme est toujours présent, à un degré ou à un autre, dans toute tradition religieuse.
C'est sans doute pourquoi Jésus n'a créé aucune religion nouvelle : car le christianisme n'est pas une religion, mais la vie même dans le Royaume, et Il rappelle sans cesse à Ses auditeurs que la tradition authentique est précisément l'expérience du Royaume. Une telle tradition n'a pas besoin d'être maintenue artificiellement : elle ne perdra jamais sa signification et entrera organiquement dans le Royaume, en devenant sa partie intégrante.
