RÉFLEXIONS pour Mt 7:1-12
La lecture d’aujourd’hui est consacrée à deux thèmes qui, à première vue, ne sont pas directement liés. D’un côté, il est question du jugement et du fait qu’il vaudrait mieux que les disciples du Christ ne jouent pas le rôle de juge (v. 1-5). De l’autre, Jésus conseille directement à ses disciples de demander au Père tout ce dont ils peuvent avoir besoin (v. 7-11). Ce conseil est précédé par des paroles sur l’attitude attentive envers ce qui est saint (v. 6). Au premier regard, il s’agit de choses tout à fait différentes ; mais si l’on y réfléchit, on peut remarquer qu’ici aussi Jésus parle de nouveau du Royaume. En effet, si l’homme peut « ne pas juger », ce n’est que dans le Royaume, précisément.
Dans notre monde déchu, toute évaluation devient presque automatiquement non seulement un jugement, qui nous est permis, mais aussi une condamnation, qui nous est interdite. Or une évaluation sans condamnation n’est possible que dans le Royaume, où le milieu même dans lequel se déroule la communion est différent. Dans un tel milieu, on peut se comparer aux autres sans chercher à savoir quel échelon de l’échelle hiérarchique est plus élevé. Et non parce que tous, dans le Royaume, deviendraient soudain identiques, mais parce que l’échelle elle-même y perd son importance. Dans la plénitude du Royaume, chacun reçoit sa propre plénitude, donnée par Dieu, et alors la comparaison si habituelle dans notre monde devient dépourvue de sens.
Mais comment parvenir à une telle vision dans notre monde déchu ? Évidemment, seulement en gardant le Royaume qui est donné à chaque disciple du Christ dès maintenant, dans ce monde. Ce n’est pas par hasard que le Sauveur rappelle la nécessité de garder la chose sainte dans la pureté, sans la souiller par rien d’impur (v. 6). Les « chiens » et les « porcs » ne sont pas mentionnés ici par hasard : il s’agit d’animaux impurs qui, dans la Bible, deviennent souvent le symbole de l’impureté comme telle.
Et l’appel à traiter les gens comme nous voudrions qu’ils nous traitent (v. 12) rappelle lui aussi le Royaume. On pourrait croire que nous avons devant nous simplement la fameuse « règle d’or » de l’éthique, mais ce n’est tout de même pas tout à fait cela : il ne s’agit pas de traiter les gens de la même manière qu’ils nous traitent, mais de les traiter comme nous voudrions qu’ils nous traitent. Dans ce cas, il devient évident que nous ne pouvons traiter les gens qu’avec amour et, bien sûr, sans condamnation : car on trouverait difficilement quelqu’un qui ne voudrait pas être aimé, ou qui voudrait être condamné, même si cette personne comprend qu’il n’y a guère de raison de l’aimer et qu’il y a justement de quoi la condamner. C’est alors que l’on comprend qu’une telle chose est impossible dans notre monde déchu. Mais l’impossible ici devient possible dans le Royaume.
Si donc nous traitons nos proches précisément comme Jésus nous l’a commandé, cela signifie que le Royaume est déjà devenu pour nous une réalité ; et alors nous pouvons demander comme on demande dans le Royaume, où Dieu donne sans mesurer. Il ne s’agit pas du fait que, tant que nous sommes ici, il ne peut pas nous donner tout ce qu’il pourrait nous donner là-bas. Simplement, dans le Royaume, ayant appris à donner sans rien retenir et dans la plénitude, nous apprendrons aussi à recevoir dans la plénitude — comme on donne et comme on reçoit dans le Royaume.
