RÉFLEXIONS pour Ac 4:23-31
La réaction de la communauté chrétienne de Jérusalem au conflit des apôtres avec les autorités du Temple est très intéressante et révélatrice. Personne, semble-t-il, ne douta que ce conflit était la continuation d’un autre conflit, celui du Sauveur lui-même avec les chefs religieux de la Synagogue et les mêmes autorités du Temple, conflit qui l’avait conduit à la croix. Ce dont Jésus leur avait parlé s’accomplissait : eux, ses disciples, seraient persécutés par les leurs. Le plus simple aurait été d’interpréter ce conflit comme religieux, comme un conflit entre la religion chrétienne naissante et le judaïsme. Mais à y regarder de plus près, le tableau change quelque peu.
Premièrement, le conflit eut lieu au sujet des noms sacrés, plus précisément de la question de savoir si l’on pouvait considérer le nom de Jésus comme sacré, au même titre que, par exemple, le nom de Yahvé. C’est une question de pratique spirituelle, de vie spirituelle, et non de religion comme telle. Sa solution n’aurait pas pu exercer une influence particulière sur la vie proprement religieuse, si ce n’est que les chrétiens pouvaient introduire chez eux la pratique de l’invocation priante du nom de Jésus. Mais, dans l’ensemble, cela aurait peu changé la vie de la Synagogue et n’aurait été remarqué, très probablement, que par les chrétiens eux-mêmes.
Ce conflit n’était pas religieux dans un autre sens non plus. Le fait est que les chrétiens ne cherchaient pas du tout à créer une tradition religieuse particulière : la première et la deuxième génération, et peut-être la troisième, se satisfaisaient pleinement du judaïsme sur le plan religieux. Les chrétiens avaient certes leurs propres synagogues, mais elles ne différaient pratiquement pas de toutes les autres. Seule la fraction du pain des chrétiens différait de la pratique proprement juive : ils l’accomplissaient toujours en invoquant le nom de Jésus.
Le christianisme primitif n’était pas du tout une religion. C’était une communauté de personnes qui aspiraient à rencontrer le Christ et à acquérir le Royaume. Et c’est à cela que se rattachait l’essence du conflit entre les apôtres et les autorités du Temple, qui défendaient précisément la religion, les institutions religieuses traditionnelles, dont elles représentaient elles-mêmes la principale. Il s’agissait d’un conflit entre le Royaume et ses habitants, d’une part, et la religion, ses règles et ses institutions comme telles, d’autre part, et non d’un conflit entre deux religions.
Et ce conflit ne s’est pas achevé avec la destruction du Temple en 70 : car les institutions religieuses n’ont pas disparu avec lui. Au contraire : dans son histoire, le christianisme lui-même a engendré de nombreuses religions chrétiennes et institutions religieuses. C’est sans doute pourquoi les paroles du Sauveur sur l’inévitabilité des persécutions venues des siens restent valables pour tous les temps : le Royaume est plus grand que toute religion, et les habitants du Royaume seront toujours, pour les personnes qui se limitent à des cadres religieux, des étrangers parmi les leurs.
