RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lc 23:1-25

Lorsqu'il est question de meurtre, ouvert ou «légal», on a souvent affaire non seulement à des meurtriers actifs, mais aussi à des meurtriers, pour ainsi dire, passifs. À ceux qui ne voulaient pas vraiment tuer, mais... il se trouve qu'ils ont tué. Ils ont participé. Comme par hasard, dans une certaine mesure. Et il peut parfois sembler à un tel participant qu'il n'y est pour rien, parfois jusqu'au jour du Jugement, quand il ne sera plus possible de se tromper soi-même.

Et cela se produit toujours à peu près de la même manière: sous la forme d'une fuite devant la responsabilité. Comme Pilate et Hérode s'en dérobent. Aucun d'eux ne veut confirmer la condamnation à mort. Pilate est mal à l'aise: il comprend bien que cet Homme qu'on veut exécuter est innocent. Hérode a peur: qui sait comment le peuple réagira à l'exécution d'un Homme que l'on considère comme un grand prophète... Au bout du compte, c'est tout de même Pilate qui doit prendre la décision. Mais avec Hérode, ils se comprennent au point de devenir amis: tous deux sont, comme on dit, de vrais politiques; tous deux ne veulent pas de problèmes; tous deux ne pensent qu'à leur pouvoir, même si l'ampleur en est incomparable. Et tous deux ne veulent répondre de rien. En tout cas, de rien de désagréable ou de délicat.

Hérode rejette tout sur Pilate, et celui-ci sur la foule qui hurle: «Crucifie-le!». C'est très commode: la voix du peuple, on n'y peut rien... et pourtant une autre option avait même été proposée: libérer l'un des condamnés. Mais le peuple est contre; il veut l'exécution de Jésus. Tout est logique, s'il n'y avait un «mais»: le choix de celui qu'il fallait exécuter et de celui qu'il fallait libérer était la prérogative de Pilate, et de lui seul. Mais si l'on n'a pas envie de décider, si la responsabilité pèse, que le peuple décide. En vérité, il n'y avait pas de peuple sur cette place. Il y avait une foule: une forme et un mode d'existence du peuple qui, lui aussi, ne veut répondre de rien. Là où chacun est «comme tout le monde», et «tout le monde» est «comme un seul homme». Cet «un seul» qui ne répond de rien, facile à manipuler parce qu'au fond, parfois même en surface, il voudrait qu'on le manipule. Car alors on pourra tout rejeter sur les manipulateurs, et soi-même, de nouveau, se soustraire à la responsabilité.

C'est ainsi que se préparait la croix pour le Messie: non dans des profondeurs infernales, mais dans un mélange d'irresponsabilité, de petites peurs et de «grands» intérêts. Dans un marécage peu profond mais trouble, où, comme on le sait, les démons sont à l'aise.