RÉFLEXIONS pour Mt 5:17-32
Dans ses entretiens avec les disciples et dans ses prédications, Jésus parle souvent de la Torah et de sa juste compréhension. Dans le texte synodal, la Torah est généralement appelée «la Loi»; mais, malgré la correction formelle de cette traduction, elle ne rend pas pleinement le sens du mot hébreu correspondant. La Torah est plus qu'une simple loi au sens où nous employons d'ordinaire ce mot, plus qu'une législation ou que l'ordre juridique qu'elle définit. La Torah suppose aussi un mode de vie conforme à la Loi, y compris l'état intérieur, spirituel, de l'homme qui correspond à ce mode de vie. À l'époque évangélique, dans le milieu rabbinique et dans la Synagogue en général, la notion de «Torah vivante» s'était assez largement répandue: idéalement, chaque Juif croyant devait le devenir. On entendait par là un état spirituel dans lequel la Torah devient quelque chose d'intérieurement propre à l'homme, déterminant toute sa vie dans toutes ses manifestations. Une telle compréhension était très proche de Jésus; ce n'est pas un hasard s'il dit lui-même qu'il n'est pas venu pour détruire ou modifier la Torah, mais pour la porter à sa plénitude (v. 17; dans la traduction synodale, cette idée est rendue par le mot «accomplir»).
Et la première chose sur laquelle il attire l'attention de ses auditeurs, ce sont leurs intentions, ou, comme disent aujourd'hui les psychologues, leurs intentions profondes. Si tu hais, considère-toi comme un meurtrier (v. 21-22); si tu convoites, considère-toi comme un débauché (v. 27-28). Autrement, selon la parole de Jésus, notre justice ne dépasse pas le cadre de la religiosité ordinaire, elle «ne surpasse pas la justice des scribes et des pharisiens» (v. 20), lesquels, étant des hommes profondément religieux, observaient bien sûr extérieurement, au niveau du comportement, tous les commandements du Décalogue.
Mais il apparaît que, pour le Royaume, cela ne suffit pas. Et il ne s'agit pas d'exigences spécialement relevées pour être «plus saint que tout le monde». Simplement, dans ce monde, notre qualité et notre état spirituels déterminent nos actes, tandis que dans le Royaume, ce sont nos intentions. On pourrait dire que, dans notre monde déchu, nous sommes ce que nous faisons, tandis que dans le Royaume nous deviendrons ce que nous désirons. Si, en haïssant quelqu'un, nous nous abstenons de tuer par amour de Dieu, c'est pour notre monde déchu une sérieuse réussite spirituelle. Mais pour le Royaume, c'est un échec. Et la barre spirituelle placée si haut par Jésus est nécessaire pour nous préserver d'un tel échec.
