RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Jn 11:1-45

« Aujourd’hui Béthanie annonce d’avance la Résurrection du Christ, Donateur de vie, se réjouissant de la résurrection de Lazare… » On dit souvent qu’il y aurait, paraît-il, cette « dimension artistique » dans l’Évangile : des personnages porte-parole comme Jean le Baptiste et des événements doubles comme la résurrection de Lazare, appelés à faire ressortir l’événement principal, autrement dit, tout selon les lois des textes littéraires. Mais c’est profondément faux. On ne peut le voir jusqu’au bout qu’avec les yeux du coeur, mais essayons tout de même de remarquer des détails très concrets. Le Christ est ressuscité le troisième jour. Et le Seigneur a ressuscité Lazare le quatrième.

Pourquoi parle-t-on du quatrième jour ? Il existe, en fait, une raison tout à fait réelle, conditionnée par la culture. Tournons-nous vers le livre de David Stern, « Commentaire du Nouveau Testament juif », p. 269 : « Avant que la médecine apprenne à distinguer l’état comateux de la mort, il arrivait que des personnes soient enterrées vivantes par erreur. Les rites funéraires juifs cherchaient à exclure toute possibilité d’une erreur aussi terrible. Selon un traité post-talmudique composé au huitième siècle (selon le calendrier juif, note de nous), “nous allons au cimetière examiner les morts pendant trois jours, et nous ne craignons pas d’être soupçonnés de suivre les voies des Amoréens (c’est-à-dire des rites superstitieux). Un jour, on examina un homme enterré et l’on découvrit qu’il était vivant ; il vécut encore 25 ans, puis mourut. Un autre homme semblable vécut, et cinq enfants lui naquirent avant qu’il ne meure” (Semahot 8:1) ».

Et le fait que quatre jours se soient écoulés signifie une chose très simple : le temps de vérification prescrit par le rite était déjà expiré. Lazare était réellement mort. Le Seigneur aurait-Il pu se trouver à Béthanie avant ce délai ou non, a-t-Il attendu exprès ou non ? La question dépasse notre intelligence. Il en fut ainsi. Il n’y a ici pas la moindre part d’artifice littéraire, de symbolisme des nombres, de coïncidences, de multiples, et ainsi de suite, comme il en existe toujours dans la littérature « mystagogique », mais seulement le tissu vivant de la vie.