RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lc 20:27-38

La résurrection des morts a toujours suscité une immense quantité de questions, et beaucoup d’entre elles étaient liées à cette compréhension de la réalité propre au regard limité de l’homme déchu vivant dans un monde déchu. Le principal problème devient ici celui de l’imagination humaine et de l’habitude d’extrapoler les processus et les modèles du monde déchu là où les processus se déroulent autrement et où les modèles ne conviennent pas par définition.

Il arrive, par exemple, que la nécessité de conquérir d’autres planètes soit « justifiée » théologiquement par l’inévitabilité même de la résurrection universelle : en effet, affirment les partisans de cette théorie assez originale, si toutes les générations qui ont vécu un jour sur la Terre ressuscitent, elles n’auront tout simplement pas assez de place sur la planète ; pour les installer, il leur faudra donc nécessairement recourir à la colonisation d’autres planètes, et la préparation à la résurrection universelle suppose par conséquent les voyages interplanétaires et la colonisation de planètes habitables. Pour l’instant, au stade actuel de son développement technique, l’humanité, affirment les partisans d’un tel point de vue, n’est pas encore prête pour la résurrection universelle. Cette théorie très particulière peut sembler amusante, mais les arguments avancés par ses partisans ne diffèrent pas beaucoup, au fond, de ceux que les sadducéens, qui ne croyaient pas à la résurrection, proposent à Jésus. On y dessine en effet un tableau qui se réduit au même pseudo-problème que le « problème » de la « surpopulation » de la Terre par les ressuscités : les sadducéens qui le dessinent partent de l’idée que la résurrection suppose le retour de l’homme à cette vie du monde déchu qu’il mène maintenant. La résurrection y est pensée non comme un mouvement en avant, mais comme un mouvement en arrière.

Jésus, lui, compare les ressuscités aux anges, non pas au sens où les hommes, en ressuscitant, se transformeraient en anges (selon une telle logique, il faudrait supposer qu’en mourant ils se transforment en démons), mais au sens où l’état spirituel et naturel de l’homme ressuscité diffère de l’état spirituel et naturel de l’homme déchu tout autant que l’état et la vie de ce même homme déchu diffèrent de l’état et de la vie d’un ange. Le Sauveur ne parle pas en détail de cette vie nouvelle, probablement parce que, nous qui sommes des hommes déchus, ses descriptions ne nous expliqueraient de toute façon presque rien ; mais Il rejette tout à fait clairement la possibilité même de transposer la logique et les modèles du monde déchu au Royaume, c’est-à-dire qu’Il rejette précisément ce à quoi nous sommes si portés dans nos conversations et réflexions sur le Royaume.