RÉFLEXIONS pour Is 52:13-53:12
L'image du Messie souffrant ne se rencontre, parmi tous les prophètes, que chez Isaïe de Babylone. Pour ses contemporains, ces paroles paraissaient étranges : l'image du Messie s'associait pour eux moins que tout à quelque souffrance que ce soit. Le Messie était pour eux un Roi juste, qui vivrait aussi royalement. Quelles souffrances pourrait-il donc y avoir ici ?
Pourtant, dans les paroles du prophète retentit une révélation concernant les lois fondamentales de la vie spirituelle. Ce n'est pas par hasard qu'il dit que le Messie souffre non pour Ses propres péchés, mais pour les péchés d'autres hommes, pour les péchés de tout le peuple de Dieu. Et Il souffre volontairement. Cela signifie que le Messie prend sur Lui la responsabilité des péchés du peuple, à peu près comme aujourd'hui encore une personne peut rembourser les dettes d'une autre en payant ses créanciers à sa place. Certes, lorsqu'il s'agit d'un crime, le transfert de responsabilité à une autre personne est aujourd'hui impossible. Aujourd'hui, chacun répond lui-même devant la loi. Mais dans l'Antiquité, il était possible de se porter garant même d'un criminel, en assumant la responsabilité du crime qu'il avait commis et en subissant le châtiment correspondant. Dans ce cas, on supposait que le garant connaissait bien celui pour qui il se portait garant et qu'il avait en lui une telle confiance qu'il était prêt à le libérer des conséquences de son acte. Les motifs du garant étaient alors sans importance. On exigeait seulement de lui qu'il prenne sur lui les conséquences du crime commis par le criminel.
C'est précisément ce que fait le Messie d'Isaïe devant Dieu : Il prend sur Lui la responsabilité des péchés commis par le peuple et porte toutes les conséquences de ces péchés. Le peuple, après cela, est libéré de la responsabilité et reçoit la chance de commencer une vie nouvelle à partir d'une page blanche. C'était la seule chance : car on ne peut entrer dans le Royaume avec le poids des conséquences que produit le péché commis consciemment et volontairement, et de tels péchés furent nombreux dans l'histoire du peuple. Quelqu'un devait les prendre sur lui, donnant aux autres la possibilité d'entrer dans le Royaume sans être écrasés par un fardeau insupportable pour la vie nouvelle. Et le Messie le fait, tout aussi volontairement et consciemment que le peuple avait autrefois péché de manière pleinement consciente et volontaire, ouvrant ainsi au peuple la route du Royaume et devenant le Rédempteur.
