RÉFLEXIONS pour Gen 27:1-41
Aujourd'hui, nous lisons une histoire très connue : Jacob obtint par ruse de son père Isaac la bénédiction qui, selon les lois humaines, « revenait » au fils aîné, Ésaü. Elle prolonge le récit encore plus célèbre du chroniqueur sur la vente du droit d'aînesse pour un plat de lentilles. Jacob trompe son père afin d'obtenir sa bénédiction, afin de devenir l'héritier de l'alliance avec Dieu.
S'adressant à Moïse, le Seigneur Se nomme : « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ». Mais selon les lois, du moins selon les lois humaines, on aurait dû entendre : « le Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Ésaü »... De quoi s'agit-il donc ? Dieu approuverait-Il la tromperie envers son propre vieux père presque aveugle, à la suite de laquelle Jacob devient l'héritier de l'alliance ? Vraiment ?..
De telles questions troublantes surgissent chez la plupart des personnes qui lisent cette histoire. Mais Dieu ne peut approuver l'injustice, et il faut penser que ce n'est pas la tromperie qui trouve la bénédiction de Dieu dans les actes de Jacob. L'hypothèse la plus raisonnable paraît être qu'il existe une qualité principale de Jacob qui le distingue d'Ésaü : lui, Jacob, a absolument besoin de cette alliance. Ésaü, autant qu'on peut en juger d'après le récit du chroniqueur, est au fond indifférent à Dieu et à l'alliance. Les biens dus en vertu de l'alliance peuvent encore l'intéresser ; il aborde l'alliance de manière pragmatique. Jacob, lui, va jusqu'à la tromperie, pourvu qu'il ne soit pas rejeté hors de l'alliance avec Dieu.
Peut-être sommes-nous appelés à imiter non pas la manière dont Jacob obtient la bénédiction, mais l'intensité avec laquelle il en a besoin. Car « de droit », bien sûr, nous devrions être considérés comme participants de la Nouvelle Alliance, par le droit du baptême ou par quelque autre droit. Mais en incluant ce passage parmi les lectures du Grand Carême, l'Église nous propose peut-être une pensée simple : si l'on s'appuie sur ce qui appartient selon le droit humain, on peut tout perdre. Dieu n'accueille pas ceux qui sont comme Ésaü ! Il aime Jacob (bien sûr, en tenant compte du fait que le mensonge Lui est odieux) ! Le besoin de Dieu, voilà l'essentiel que nous pourrions apprendre ici.
Et l'on remarque encore une certaine étrangeté dans la logique du chroniqueur. Les deux frères n'auraient-ils pas pu hériter de la bénédiction ? Isaac n'aurait-il pas pu les bénir tous les deux ? Après tout, Dieu n'aurait-Il pas pu bénir les deux par l'intermédiaire d'Isaac ? On pourrait sans doute répondre affirmativement à toutes ces questions.
Mais Isaac n'est pas un robot. Ses représentations de l'alliance et de l'héritage de la bénédiction ne peuvent être modifiées « d'un geste de la main ». Il n'est pas un maillon passif dans la transmission de la bénédiction, et Dieu condescend à en tenir compte. Peut-être, d'un autre point de vue, la position d'Isaac paraîtra-t-elle « trop étroite ». Mais Dieu s'y adapte autant que possible. C'est un fait saisissant, dont il faut se souvenir pour ne pas exagérer le rôle de nos propres représentations.
