RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Dt 4:15

La Torah nous propose plusieurs justifications du deuxième commandement du Décalogue, qui interdit toute image sacrée, non seulement païenne, mais aussi yahviste. L'une d'elles revient à dire que Dieu ne s'est jamais révélé à aucun membre de Son peuple sous une image concrète à laquelle on pourrait L'identifier. À première vue, une telle affirmation peut paraître étrange : car c'est précisément près de l'Horeb, là où Moïse rencontra Dieu pour la première fois, qu'Il se révéla à lui dans une nuée lumineuse que Moïse prit de loin pour du feu.

Mais par cette lumière, Dieu n'a fait qu'indiquer le lieu de Sa présence, et elle n'a aucun rapport avec Son essence. Le mystère de la vie intérieure, dirions-nous, personnelle de Dieu demeure en tout cas pour nous un mystère. Il n'est ouvert qu'au Sauveur ; mais il nous faudrait, comme Lui, contenir en nous toute la plénitude de Dieu pour le comprendre, et une telle capacité est naturellement impossible pour nous. C'est pourquoi la Torah contient l'interdiction non seulement des images sacrées païennes, mais aussi des images sacrées yahvistes. Dans l'Antiquité, toute image sacrée prétendait précisément révéler à l'adorateur l'essence de la divinité qu'il adorait, afin que l'adorateur puisse communier à cette essence. Dans le cas de Yahvé, cela était impossible : Son essence restait cachée à l'homme par définition ; ici se manifestait ce que les théologiens appellent la transcendance de Dieu.

On pourrait croire que les théophanies auraient pu donner une idée de l'essence de Dieu. Il en était ainsi dans le cas des dieux et des cultes païens, mais non dans le cas du Dieu d'Israël : car ici, la théophanie ne supposait pas le dépassement complet de l'abîme qui sépare Dieu de l'homme. Un dépassement partiel rendait possible la communion avec Dieu, mais non la connaissance de l'essence. C'est pourquoi identifier la théophanie à Dieu serait ici analogue à assimiler la personne avec qui l'on parle au téléphone au combiné d'où vient sa voix.

La situation n'a changé radicalement qu'avec la venue dans le monde du Christ, qui a apporté avec Lui le Royaume. Bien sûr, là aussi, dans le Royaume, la différence entre Dieu et l'homme ne disparaît pas, mais là, au moins, l'abîme qui les séparait entièrement disparaît. Il disparaît, bien sûr, non parce que l'homme devient égal à Dieu, mais parce que le Royaume est tout entier pénétré du souffle de Dieu et de Son amour. Mais il n'y a pas d'image ici non plus. En revanche, apparaît ici la relation, qui remplace cette image. Une relation dont le garant devient Celui qui a apporté le Royaume dans le monde.