RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Ex 5:1-23

La première demande de Moïse et d'Aaron de laisser partir le peuple se solda par un échec (v. 1-2). D'ailleurs, Dieu l'avait Lui-même annoncé d'avance à Moïse, quand Il l'envoyait en Égypte (Ex 3:18-20). Une question tout à fait naturelle se pose alors: cela signifie-t-il que la décision du pharaon était prédéterminée d'avance?

Non, pourtant. Il s'agit d'autre chose: Dieu connaît le coeur du pharaon, qui est transparent pour Lui comme l'est le coeur de tout homme, et c'est pourquoi Il sait aussi que le pharaon ne permettra pas au peuple de Dieu de quitter le pays ainsi. Mais qu'est-ce qui retient le pharaon? Au début, Moïse ne parle même pas encore de partir pour toujours; il demande seulement de laisser partir le peuple trois jours, afin de célébrer sa fête religieuse puis de revenir (v. 1-4). Mais même à une telle demande répond un refus.

Certes, on pourrait expliquer tout cela par de simples considérations administratives et économiques: de telles fêtes détournent le peuple du travail (v. 4-5). Il y avait en outre une autre considération, exprimée par le pharaon lui-même dans ces mots: «Je ne connais pas le Seigneur» (v. 2). Le gouvernement égyptien devait certainement être conscient de la menace que représentait l'éveil d'une conscience nationale ou tribale parmi les tribus du delta, qui auraient très bien pu, dans ce cas, se souvenir d'autres temps, lorsque leurs ancêtres étaient venus en Égypte en vainqueurs et qu'une dynastie sémitique siégeait sur le trône des pharaons. Dans une telle situation, permettre aux Sémites de se souvenir de leurs dieux protecteurs, et plus encore de leur rendre un culte, aurait été imprudent.

Et pourtant la raison principale était, semble-t-il, ailleurs. Ce n'est pas un hasard si, aussitôt après la demande formulée par Moïse et Aaron, il est question d'oisiveté, du fait que le peuple, apparemment, n'est pas assez chargé de travail et que, par désœuvrement, des pensées stupides et des idées absurdes commencent à lui venir à l'esprit (v. 6-9, 17). Et là, nous n'avons plus devant nous la logique propre aux autorités égyptiennes, mais une logique propre à tout pouvoir en tout temps. Car, par essence, tout État est une machine sociale, un mécanisme qui fonctionne d'autant plus sûrement et sans faille que les «éléments» qui le composent pensent moins aux choses étrangères à leur travail. Du point de vue de la logique propre à une machine étatique fonctionnant idéalement, le mieux pour l'homme serait d'être une fourmi ou une abeille, non parce qu'elles sont petites, mais parce qu'elles sont des travailleuses-fonctionnaires idéales, jamais distraites de leur travail par quoi que ce soit.

Mais l'homme n'est jamais aussi loin de ce que Dieu a voulu créer en lui que lorsqu'il devient semblable à une abeille ou à une fourmi. Chez le plus grand pécheur, l'image de Dieu est monstrueusement déformée; chez l'homme-fourmi, elle disparaît tout simplement. C'est pourquoi le conflit entre Dieu et tout État est si irréductible: Dieu a besoin d'hommes, l'État de fourmis.