RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lc 11:29-53

Les paroles du Sauveur adressées aux pharisiens et aux maîtres de la Torah, qu’on appelait alors ordinairement « scribes », peuvent paraître trop dures, comme elles l’ont paru à certains de Ses auditeurs. Mais la question était trop sérieuse, et il fallait appeler les choses par leur nom. Les accusations sont graves : au fond, Jésus reproche aussi bien aux militants religieux de la Synagogue de ce temps, les pharisiens, qu’aux éminents maîtres de la Torah, de ne pas observer eux-mêmes ce à quoi ils appellent les autres. Accusation étrange, semble-t-il : car ce sont précisément les pharisiens et les maîtres de la Torah qui, dans les Évangiles, sont présentés comme des zélateurs de la Torah ; ce sont eux qui reprochent sans cesse à Jésus de violer telle ou telle de ses prescriptions. Mais Jésus désigne clairement le problème : une religiosité extérieure privée de contenu spirituel. C’est précisément cette religiosité qui devint le principal problème de la vie spirituelle synagogale à l’époque évangélique. Beaucoup de pharisiens s’y tenaient, et beaucoup de maîtres de la Torah l’enseignaient au peuple.

Une alternative existait, bien sûr, mais peu nombreux étaient ceux qui la représentaient. Les livres du Nouveau Testament nous ont transmis les noms de certains d’entre eux : Nicodème, Gamaliel... Mais ce n’étaient pas eux qui déterminaient l’atmosphère générale de la vie synagogale de ce temps. Et il apparaissait alors que les appels à la vie spirituelle s’accompagnaient d’un enseignement non pas tant de la vie spirituelle que de la vie religieuse. Non pas comment acquérir l’intégrité intérieure et la lumière intérieure, ce fameux « œil lumineux » dont parle Jésus, mais comment observer les prescriptions rituelles. Bien sûr, elles aussi ne sont pas apparues sans raison, et derrière elles se trouve une certaine expérience spirituelle qui les a engendrées ; mais cette expérience s’était déjà oubliée, tandis que les prescriptions étaient restées.

Et voilà qu’on propose désormais au peuple de vivre d’une seule religiosité sans contenu spirituel, de prescriptions sans communion avec Dieu. Quant aux maîtres eux-mêmes, ils se sentent alors comme les propriétaires de la Torah : ce sont eux qui la commentent et l’interprètent, c’est à eux qu’on demande conseil, c’est précisément leur autorité qui, aux yeux des gens simples, est incontestable.

Tous n’étaient pas ainsi, bien sûr, mais il y en avait assez pour qu’une immense multitude de personnes se referme dans le cercle de la religiosité formelle sans aucune possibilité d’en sortir. Et toute parole libre de Dieu, tout souffle de l’Esprit de Dieu dans ce milieu est perçu comme quelque chose d’inutile et même de dangereux : car cela mine le monopole des maîtres et des interprètes sur la Torah, et donc sur la vie spirituelle. Ce n’est pas par hasard que Jésus dit à ceux qui élèvent des monuments aux anciens prophètes qu’ils ne valent pas mieux que leurs pères, qui tuaient ces mêmes prophètes. La vie spirituelle vivante ne leur est pas nécessaire, pas plus qu’elle ne l’était à leurs pères. Et donc le Royaume ne leur est pas nécessaire non plus.