RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour

La lecture d’aujourd’hui poursuit la description de la manière dont les magiciens égyptiens rivalisaient avec le Dieu de Moïse dans la capacité d’accomplir des miracles. Bien sûr, ici comme dans tous les autres cas, le miracle de Dieu peut s’expliquer par des causes naturelles, mais une telle explication, en elle-même, ne diminue en rien la signification du miracle comme action de Dieu. Ce n’est pas par hasard que, pour désigner le miracle, le texte hébreu de la Bible utilise très souvent un mot qu’il vaudrait mieux traduire par « signe » : le miracle de Dieu se révèle très souvent être justement un tel signe, et le fait qu’un phénomène naturel devienne ce signe ne diminue nullement son importance, car il ne s’agit pas ici de la nature, mais de Celui qui se tient derrière elle.

Mais pour les magiciens, la situation se présentait autrement. La magie, au sens de vision du monde, est très proche de la science, notamment en ceci que le magicien, comme le savant matérialiste, est porté à expliquer tout ce qui arrive exclusivement par des causes naturelles. Bien sûr, les représentations des limites et des lois de la nature peuvent différer sensiblement chez le magicien et chez le savant, mais ni l’un ni l’autre n’admettront jamais, dans leurs théories et leurs concepts, quoi que ce soit qui dépasse le cadre naturel. Méthodologiquement, c’est évidemment juste, mais sur le plan de la vision du monde cela mène souvent à une impasse.

L’une des erreurs de vision du monde les plus répandues est l’opinion selon laquelle l’explication naturelle de tel ou tel phénomène exclut par elle-même toute possibilité d’y voir une composante spirituelle. Les magiciens, qui réussirent à faire sortir des grenouilles du fleuve (v. 7), ont apparemment considéré ce fait comme une preuve suffisante qu’il n’était pas question de miracle dans ce cas.

Pourtant une telle approche est une grave erreur : on y voit un mélange du spirituel et du naturel. La nature reste toujours dans le cadre des causes et des effets ; les chaînes de cause à effet déterminent et décrivent entièrement tous les processus naturels. Le spirituel commence là où les causes et les effets passent au second plan, tandis que les tâches et les buts viennent au premier. La vie spirituelle commence là où il y a des relations, avant tout les relations entre l’homme et Dieu, mais aussi les relations entre les hommes. Et le miracle ne devient miracle que dans le contexte des relations entre l’homme et Dieu ; autrement il demeure seulement un phénomène naturel.

Et même lorsque reproduire l’expérience se révèle impossible, comme ce fut le cas avec les moustiques (v. 18), cette impossibilité ne prouve pas en elle-même le miracle : pour le matérialiste ou pour le magicien, elle ne devient que le signe d’un problème scientifique insoluble pour aujourd’hui ou d’un phénomène inexplicable au stade actuel du développement de la science. Le pharaon est même prêt à demander l’aide de Moïse si les autres moyens ne suffisent pas (v. 28), mais son cœur n’en devient pas plus doux (v. 32), car les relations avec Dieu ne s’établissent pas sous la contrainte.