RÉFLEXIONS pour Lc 10:25-42
La parabole du bon Samaritain est sans doute l’un des textes évangéliques les plus largement cités et les plus souvent mentionnés. Rien d’étonnant à cela : on la comprend d’ordinaire comme un appel à la miséricorde et aux bonnes œuvres, devenant le fondement évangélique de ce que la pratique ecclésiale a appelé le service social. Pourtant, à une lecture attentive, tout n’est pas si simple. En effet, Jésus raconte la parabole du bon Samaritain en réponse à la question qui Lui est posée : qui est mon prochain ? Et si l’on suit la logique du texte de la parabole, la réponse à la question posée à Jésus est très concrète : mon prochain est celui qui m’a aidé, qui m’a fait du bien.
L’exigence « va, et toi aussi, fais de même » sonne dans ce contexte de façon un peu étrange : car il ne s’agit pas ici de la manière dont agit un homme, mais de la manière dont on agit envers lui. La réponse à la question posée est liée précisément à cela. Le passage à une justification, par le texte de la parabole, des œuvres de miséricorde et, plus largement, du service social, n’est possible que par une inversion du sens : le lecteur doit s’identifier non au voyageur tombé aux mains des brigands, mais au Samaritain qui lui a porté secours.
Pourtant la question même concernait bien le voyageur blessé : qui, parmi tous, s’est montré son prochain ? Mais alors la réponse du Sauveur est manifestement liée non seulement à ce qu’a fait le Samaritain, mais aussi à la situation dans son ensemble. Et la parabole devient non seulement une parabole sur la bonté et l’aide au prochain, mais une parabole sur les relations entre les hommes. Et sur la primauté de ces relations. Sur une situation où l’aide vient non de ceux qui pensent ou croient comme nous, mais de ceux de qui on l’aurait le moins attendue. Des ennemis, car les Juifs et les Samaritains étaient alors les pires ennemis. Et voilà que ce qui, dans les relations, paraissait déterminant se révèle, à l’épreuve, n’être qu’un clinquant sans importance.
Dans une situation critique, tous les cadres et les liens sociaux, nationaux et religieux se révèlent soudain des conventions qui n’obligent à rien. Ce qui devient significatif, c’est quelque chose qui, dans la personne humaine, se trouve plus profondément que tout cela, à cette profondeur où réside le véritable « moi » spirituel de l’homme. Là seulement, à cette profondeur, l’aide, la compassion, la miséricorde sont possibles. À la surface, il n’y a rien de tel. Il n’y a que le service social. Qui, bien sûr, empêchera le pauvre de mourir de faim, mais ne lui donnera pas l’amour. Ni la vie du Royaume.
