RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Ex 1:1-22

La situation des descendants de Jacob en Égypte changea assez vite après la mort de Joseph. L’auteur sacré relie ces changements à un nouveau pharaon, qui déjà « ne connaissait pas Joseph » (v. 8). Et il ne s’agit évidemment pas seulement d’un changement de pouvoir comme tel. Très peu de temps après la disparition de Joseph et de sa génération, lorsque les descendants de Jacob se furent multipliés et installés dans le delta du Nil (v. 6–7), une nouvelle dynastie arriva au pouvoir en Égypte, non plus sémitique, mais égyptienne par son origine ; pour elle, les tribus sémitiques du delta n’étaient pas un appui, mais un obstacle. De plus, les Sémites qui y habitaient devinrent otages de leur position géopolitique : ils se trouvaient sur les arrières du corps oriental de l’armée égyptienne, qui couvrait depuis le Sinaï la région du delta et la route maritime stratégique reliant les régions centrales de l’Égypte aux villes du nord et du centre de la Palestine, alors sous domination égyptienne. Or la menace venait des tribus sémitiques de la péninsule du Sinaï, les plus proches parentes ethniques des tribus du delta. Il n’est pas étonnant que, dans une telle situation, les autorités aient sérieusement craint une révolte sur les arrières du corps oriental en cas de guerre (v. 10).

En outre, si l’on parle non de l’Égypte dans son ensemble, mais de la région du delta, les Sémites dépassaient manifestement les Égyptiens en nombre (v. 9) ; cette supériorité locale s’expliquait apparemment à la fois par un taux de natalité plus élevé que la moyenne égyptienne (v. 12) et par le fait que les Égyptiens eux-mêmes s’installaient assez peu volontiers dans la région du delta. Il est clair qu’à cette époque on commence à employer les Sémites du delta, y compris les descendants de Jacob, aux travaux publics auxquels participait traditionnellement toute la population paysanne du pays (v. 11–14), et qui devaient paraître aux Hébreux, peu habitués à de telles occupations, comme un véritable travail d’esclave. Toutefois, à en juger par le fait que leur natalité ne diminuait pas pour autant (v. 12), les conditions de vie matérielles des descendants de Jacob en Égypte n’étaient tout de même pas excessivement dures. Dans une telle situation, les autorités égyptiennes commencèrent à prendre des mesures sans précédent dans l’histoire de l’Égypte pour réduire la natalité et diminuer le nombre d’hommes (v. 15–22).

Et que peut donc faire, semble-t-il, dans une telle situation, une personne ordinaire, sans pouvoir ni possibilité d’influer sur les décisions prises par les autorités ? Pas si peu que cela, comme l’a montré l’expérience des sages-femmes mentionnées dans le récit (v. 15–19). Bien sûr, un tel acte exige de la résolution, et celle-ci apparaît lorsque la fidélité à Dieu, dans la vie d’une personne, est placée au-dessus de la peur des autorités (v. 17).

On pourrait penser que la résolution des sages-femmes n’a pas changé la situation de leurs compatriotes (v. 22), de sorte qu’elles se sont seulement exposées inutilement au risque. Mais pour Dieu, le choix fait par l’homme dans telle ou telle situation n’est pas moins important que son issue, car c’est précisément de ce choix que dépend le destin de l’homme dans l’éternité de Dieu. Et Dieu n’abandonne pas ceux qui choisissent Sa voie (v. 21). Les conflits historiques auxquels les hommes doivent prendre part restent dans l’histoire, tandis que leurs participants font un pas vers le Royaume de Dieu. Ou ne le font pas, en s’en allant dans les ténèbres.