RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Rm 6:5-6

Paul nous dit : l'action de la grâce de Dieu est particulièrement visible sur le fond du péché humain. Alors quoi, faut-il mettre en évidence en soi sa pécheresse le plus possible, laisser le péché se manifester dans toute sa plénitude afin que l'action de la grâce augmente aussi ? Bien sûr que non. L'apôtre comprend parfaitement que ce n'est pas le chemin. Le chemin chrétien est autre, et il est lié à la dynamique de la vie spirituelle de l'homme qui naît lorsque la puissance de Dieu et l'amour de Dieu rencontrent le péché humain.

Le péché et la grâce de Dieu sont incompatibles. Mais jusqu'à la transformation complète, jusqu'au changement qualitatif complet de la nature humaine, ils coexisteront inévitablement dans une seule et même personne. Pourtant ils ne peuvent s'unir, pas plus qu'ils ne peuvent coexister dans un seul et même espace spirituel. Là où est le Royaume, là où est la grâce, là où sont la puissance de Dieu et l'amour de Dieu, il n'y a pas de place pour le péché ; et là où est le péché, il n'y a pas de place pour Dieu.

Même aux temps préchrétiens, le chemin de la justice était une vie en présence de Dieu malgré sa propre pécheresse. Mais alors la présence de Dieu n'avait pas encore été manifestée au monde dans cette plénitude ne laissant aucune place au péché, propre au Royaume. Maintenant, la justice du Royaume et le péché sont absolument incompatibles. C'est l'un ou l'autre. Jésus devait inévitablement mourir parce que le monde, dans son état présent, ne peut contenir le Royaume qu'il a apporté dans toute sa plénitude. Et l'existence du péché dans le monde est devenue pour lui la mort précisément parce que sa vie et le péché sont incompatibles. Mais on peut en dire autant de tout chrétien, pourvu qu'il soit vraiment chrétien, et donc habitant du Royaume. Quiconque reçoit le baptême consent à un tel chemin et à une telle vie.

Ce n'est pas par hasard que l'apôtre dit que, baptisé, le chrétien dans ce monde s'unit au Christ « par la ressemblance de sa mort » : car la vie du Royaume, jusqu'à la transformation complète du monde, restera encore étrangère à ce monde, et le chrétien ne peut donc vivre dans ce monde qu'en mourant, en mourant au monde qui gît dans le mal, en renonçant de plus en plus à sa vie. Et, corrélativement, en participant de plus en plus à une autre vie, la vie de ce Royaume que le Sauveur a apporté dans le monde. La vie du Royaume doit chasser chez le chrétien la vie du monde déchu. L'une doit, dans le processus de son existence propre, remplacer l'autre. Pour ce monde, un tel remplacement signifie la mort : le monde cesse de voir les personnes transfigurées ; elles disparaissent de lui et cessent d'exister pour lui. Ce n'est pas étonnant : pour le monde déchu, le Christ aussi a cessé d'exister aussitôt après sa mort sur la Croix. Le monde déchu ne croit pas en sa résurrection ; pour lui, la résurrection n'existe pas. Telle est aussi la vie de chaque chrétien, disparaissant de plus en plus pour ce monde et se manifestant toujours plus pleinement et plus clairement dans le Royaume.