RÉFLEXIONS pour Ez 37:14
La vision d'Ézéchiel sur le renouvellement spirituel du peuple de Dieu a certainement insufflé l'espérance dans le coeur de ceux à qui elle était destinée, les habitants déportés de Jérusalem. Il n'est pas étonnant qu'elle ait ensuite été réinterprétée dans le contexte de la révélation néotestamentaire, devenant un symbole de la résurrection universelle. Il n'est pas étonnant non plus que, quelques siècles plus tard, autour de ce texte et de textes semblables, toute une théologie se soit développée, liée à l'enseignement sur l'Esprit Saint. Mais il importe tout de même de garder à l'esprit que tous ces concepts théologiques appartiennent à une époque tout à fait différente et, jusqu'à un certain degré, à une autre tradition.
Le prophète, lui, parle du souffle de Dieu, qui rend la vie à des ossements morts, faisant d'eux non simplement un peuple, mais le peuple de Dieu. Et nous avons ici devant nous l'idée prophétique, ou plus largement biblique, de ce qu'est la vie, qu'il s'agisse de la vie d'une personne particulière ou de tout un peuple, lequel apparaissait aussi devant Dieu comme un certain tout spirituel. On voit que la vie se révèle ici être un processus non naturel, non biologique, mais spirituel au plein sens du mot, du moins lorsqu'il s'agit de l'être humain. Cela n'a rien d'étonnant : dès la création, Dieu « souffle » dans les « narines » de l'homme, exactement ainsi dans le texte hébreu, le souffle de vie qui donne la vie à l'homme. Et dans la vision d'Ézéchiel, il fait la même chose avec tout un peuple.
On voit que la mesure de la vie, ou plus exactement du fait d'être « vivant », tant des personnes particulières que des nations entières, est déterminée par la mesure de la plénitude du souffle de Dieu. Et cette mesure peut varier depuis celle qui est propre au Royaume, et ici le parallèle avec la résurrection universelle est tout à fait approprié, car la résurrection à la vie présuppose l'entrée dans le Royaume, jusqu'au minimum caractéristique du shéol, où ne demeure qu'une pâle ombre de vie. Et c'est seulement des relations d'une personne avec Dieu que dépendra la plénitude et l'intensité de sa vie.
Il en va de même du peuple de Dieu dans son ensemble : au début de l'exil, on le voit, il représentait spirituellement un amas d'ossements, ce qui se manifesta en conséquence dans son destin historique. Et lorsque la vie spirituelle du peuple retrouva sa plénitude, son retour sur la terre des pères devint aussi possible. Mais un autre retour précéda ce retour : le retour à la plénitude de la communion avec Dieu, qui eut lieu déjà lorsque le peuple vivait à Babylone. Sans lui, le retour en Judée se serait révélé dépourvu de sens et, très probablement, tout simplement impossible.
