RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Dn 3:39

Que Dieu accueille les humbles d'esprit et les coeurs brisés, il en est beaucoup question aussi bien dans les livres prophétiques que dans les psaumes. Aujourd'hui, nous percevons souvent ces lignes dans le contexte des émotions qui accompagnent le repentir et un nouveau retour vers Dieu, qui en est souvent la conséquence. Mais s'agit-il ici d'émotions? Car dans la Bible, le coeur n'est pas le réceptacle des émotions, mais le centre spirituel de la personne humaine.

Cela signifie que, lorsqu'il est question d'humilité comme de brisement, appliqués aux textes bibliques, il convient d'en parler non sous l'angle émotionnel ni intellectuel, mais précisément spirituel. Or, dans les livres bibliques, quel que soit le genre, l'humilité désigne avant tout un état particulier de la volonté, un état dans lequel l'homme est prêt à ne prendre que les décisions que Dieu approuvera, ou à suivre les décisions que Dieu prendra à son sujet. Il ne s'agit évidemment pas de contrainte: une telle soumission à la loi de Dieu et à sa volonté est absolument volontaire, étant à son tour la conséquence d'une décision librement prise par l'homme d'obéir à Dieu.

Mais il y a une difficulté essentielle sur le chemin de l'humilité: il est loin d'être simple pour l'homme déchu de comprendre et d'accepter la volonté de Dieu, surtout dans un cas concret, non pas lorsque l'affaire touche à l'observance des commandements (là, tout est d'ordinaire clair sans explications et s'accomplit sans doutes), mais lorsque se pose un choix entre plusieurs alternatives tout à fait possibles et nullement pécheresses. Et très souvent le principal obstacle est le coeur humain: car ce n'est pas seulement par le coeur que l'on choisit et prend des décisions; c'est dans son coeur que l'homme porte son système de valeurs et de priorités, qui déterminent toute sa vie. Or les valeurs et les priorités subissent de nombreuses influences: depuis les traits de caractère devenus des habitudes jusqu'aux normes et règles religieuses auxquelles l'homme estime devoir obligatoirement adhérer. Et souvent ces influences ne renforcent pas seulement le système de valeurs de l'homme, elles le déforment aussi, influant sur le choix fait et sur les décisions prises d'une manière qui n'est pas la meilleure.

C'est alors qu'il peut arriver que Dieu permette au coeur de l'homme de se briser. Les causes extérieures peuvent en être nombreuses: depuis une profonde crise spirituelle personnelle jusqu'à une catastrophe nationale, lorsque s'effondrent le système de valeurs et la vision du monde de peuples entiers (pour les Juifs, une telle catastrophe fut dans l'Antiquité l'exil à Babylone). Une telle crise est toujours une épreuve spirituelle sérieuse, parfois critique, et parfois pas seulement spirituelle. Mais c'est précisément lorsque tout ce qui auparavant protégeait le coeur de l'homme des influences extérieures est détruit qu'il commence à percevoir ces influences avec une acuité particulière.

Bien sûr, il n'est pas simple de vivre ainsi, mais dans un tel état il est plus facile d'entendre Dieu et d'accepter ce qui, dans une autre situation, dans une vie calme et établie, aurait paru absolument impossible. Il en va ainsi d'un homme particulier comme d'un peuple entier. Mais si l'homme ou le peuple n'essaie pas de revenir en arrière, de retourner vers le passé, la crise spirituelle peut conduire cet homme ou ce peuple à un nouveau niveau spirituel, en transformant qualitativement ses relations avec Dieu. Et alors commencera dans la vie de l'homme ou du peuple une nouvelle étape spirituelle, qu'avant la crise il ne pouvait même pas imaginer.