RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Mt 11:2-15

Dans le contexte historique le plus proche, les paroles de Jésus sur Jean sont importantes dans la mesure où, en ces temps-là, beaucoup de gens considéraient Jean comme le Messie. En tout cas, il correspondait beaucoup mieux aux représentations populaires de masse sur ce que devait être le Messie que Jésus. Et à l'époque où se formaient les textes évangéliques, il existait en Palestine des communautés assez nombreuses de johannites, partisans de Jean le Baptiste, qui considéraient leur maître comme le Messie. Sur un tel fond, le récit des disciples envoyés par Jean à Jésus pour Lui poser encore une question sur sa messianité était important comme témoignage de Jean lui-même, montrant qu'il ne prétendait à aucune messianité.

Mais il ne s'agit pas, bien sûr, seulement d'histoire. Les paroles du Sauveur sont importantes avant tout parce que, d'une part, Il donne une caractérisation brève et dense de Jean lui-même, et, d'autre part, Il évalue avec assez de dureté les gens qui entouraient Jean comme Lui-même. Le témoignage de Jean, selon les paroles du Sauveur, appartient encore à l'époque ancienne, l'époque préchrétienne, où il n'était pas encore question de parler du Royaume entrant dans le monde. Mais c'est précisément Jean qui, comme personne avec éclat, a témoigné de la venue prochaine du Messie, en comprenant en même temps ce qu'il fallait faire pour entrer dans le Royaume. Bien sûr, dans le Royaume la mesure de la plénitude est autre; c'est pourquoi quiconque appartient au Royaume est plus grand que Jean, qui appartient encore au monde non transfiguré.

Mais pour entrer dans le Royaume, un effort est nécessaire: le Royaume «se prend par la force», et «ceux qui font effort s'en emparent». Or beaucoup de ceux qui écoutèrent d'abord Jean, puis Jésus, ne voulaient précisément pas faire d'efforts. Ils se sentaient simplement bien auprès de Jean, puis auprès de Jésus.

Le feu, dans la Bible, est symbole de purification, de sacrifice, de sanctification, symbole de ce qui peut changer entièrement la nature même de l'homme, en la transfigurant et en la sanctifiant. Pourtant beaucoup avaient l'impression que le feu ne leur était donné que pour se réchauffer et se reposer au chaud. Le problème ici n'est pas que cela soit mauvais, mais qu'en utilisant ainsi le feu, l'homme ne change nullement: il se sent bien pour un temps, mais les problèmes profonds qui empoisonnent sa vie et l'empêchent de participer au Royaume ne disparaissent nulle part. Alors tous les efforts de ceux qui portent le feu dans le monde et en témoignent deviennent stériles. On peut admirer autant qu'on veut les paroles de Jésus et Jésus Lui-même; mais si celui qui admire demeure en dehors du Royaume, on peut dire que toute son admiration aura été inutile. Le Royaume avec sa vie est passé à côté de lui, et l'admiration, même sincère, ne sauve pas.