RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lc 9:28-45

La lecture d'aujourd'hui comprend deux événements qui, au premier regard, ne sont liés entre eux que chronologiquement: la Transfiguration (v. 28–36) et la guérison du fils possédé d'un homme dont le nom nous est inconnu (v. 38–45). Et pourtant l'évangéliste ne relie pas ces deux récits par hasard. On pourrait croire que, sur le fond de ce qui vient tout juste de se produire, une guérison de plus, même infructueuse pour les apôtres, est un événement assez ordinaire, dont on aurait pu ne pas parler.

Cependant la réaction de Jésus à cet événement fut extrêmement dure (v. 41). Bien sûr, les commentateurs ne sont pas encore parvenus à un avis unanime sur la personne à laquelle s'appliquent en premier lieu les paroles de Jésus: à l'homme qui Lui avait amené son fils, ou aux apôtres. Mais, sur ce fond, un détail important est la mention que c'est précisément après la guérison manquée que Jésus rappelle de nouveau et encore à ses disciples ses souffrances et sa mort (v. 43–44), tandis qu'eux ne peuvent absolument pas Le comprendre: quelque chose ferme aux apôtres le sens des paroles dites par le Sauveur (v. 45). Il est particulièrement remarquable qu'ils aient même eu peur d'interroger de nouveau le Maître. Jusqu'alors, Il n'avait jamais laissé leurs questions sans réponse et ne s'était pas une seule fois irrité d'une question; de quoi donc les disciples pouvaient-ils avoir peur?

Bien sûr, entendre parler de la mort du Maître de sa propre bouche était effrayant, mais les apôtres n'étaient ni des enfants ni des lâches prêts à se cacher la tête dans le sable à la vue du danger. Apparemment, ils ne comprenaient pas simplement pas, mais plutôt n'acceptaient pas les paroles de Jésus, espérant qu'elles n'étaient qu'un lapsus, un malentendu ou une sorte d'image, une parabole dont le sens serait expliqué en son temps. Car le jour de la Transfiguration, les apôtres avaient vu le Royaume déjà dans toute sa plénitude; on peut dire qu'ils étaient venus chez leur Maître, Lui qui les avait invités chez Lui afin de leur montrer sa vraie demeure. Et voilà qu'en ce jour de triomphe, Il se met soudain à leur parler de sa mort, qui ne pouvait être pour eux qu'une défaite et une catastrophe.

Cela, bien sûr, ne pouvait entrer dans leur conscience: car la résurrection, à laquelle les apôtres croyaient naturellement, restait pour eux quelque chose de trop lointain pour devenir une réalité de leur propre vie. Et c'est pourquoi ils ne croyaient tout de même pas Jésus jusqu'au bout. Or la méfiance détruit les relations, et lorsque vint le moment de la guérison, le moment du témoignage rendu au Royaume, les apôtres connurent l'échec. Peut-être est-ce en voyant cette méfiance aller si loin que Jésus jugea la situation avec une extrême sévérité. Et ce n'est pas étonnant: car c'est précisément cette incapacité, mentionnée ici par l'évangéliste, à accepter les paroles de Jésus sur sa mort et sa résurrection qui deviendra plus tard la cause du reniement de Pierre et de la trahison de Judas.