RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lc 8:40-56

Toute l’histoire du ministère terrestre du Sauveur est l’histoire du Royaume entrant dans le monde. Et la lecture d’aujourd’hui en est la meilleure confirmation. D’un côté, la résurrection de la fille de Jaïre (v. 41–56) ; de l’autre, une sorte de récit dans le récit sur la guérison de la femme qui souffrait de pertes de sang (v. 43–48). Il est intéressant de voir comment se produit cette guérison : comme en passant. Jésus ne prête même pas attention à la femme ; Il sent simplement que la puissance de Dieu qu’Il porte en Lui a été nécessaire à quelqu’un, sans savoir exactement à qui (v. 45–46). Cela est peut-être devenu possible précisément parce que les guérisons de Jésus n’étaient pas à proprement parler des traitements : elles n’avaient pas de rapport direct avec la médecine. Jésus portait simplement en Lui toute la plénitude de Dieu, et donc la plénitude du Royaume, et quiconque participait à cette plénitude était guéri, pourvu qu’il eût envers Jésus ne serait-ce qu’une goutte de confiance. Or la femme guérie ne pouvait pas ne pas avoir cette confiance : le flux de sang dont elle souffrait la rendait impure, et elle-même aurait pu rendre impur quiconque elle aurait touché si la guérison n’avait pas eu lieu. Il fallait croire jusqu’au bout à la possibilité de la guérison et faire entièrement confiance à ce Maître mystérieux qui guérit quiconque vient à Lui avec foi. Jésus Lui-même confirme que la femme guérie a été sauvée par sa foi (v. 48).

Il en va de même pour la fille morte de Jaïre : nous n’avons pas ici un retour ordinaire à la vie, ni quelque chose de semblable à une réanimation, comme certains commentateurs des Temps modernes ont interprété cet événement. Car on avait déjà commencé à pleurer la morte (v. 52), et Jésus avait encore besoin de temps pour arriver à la maison de Jaïre lorsqu’on Lui annonça la mort de celle qu’Il allait guérir (v. 49). Mais, semble-t-il, la mort de la fille de Jaïre ne pouvait tout de même pas être appelée naturelle. La mort est naturelle lorsque l’homme meurt après avoir épuisé toutes ses forces, physiques et psychiques. De tels hommes, la Bible dit qu’ils sont morts « rassasiés de jours ». Ici, manifestement, il n’y avait rien de semblable, et il était encore trop tôt pour que la fille de Jaïre meure ; elle a été tuée par ce mal dans lequel repose notre monde, encore non transfiguré.

Bien sûr, toute mort est le triomphe visible du mal et la manifestation de cette corruption de la création en général et de la nature humaine en particulier, qui est liée à la chute ; mais même dans le monde déchu, les manifestations de ce mal ont leurs limites. Et le contact de celui qui est mort avant son temps avec le Royaume peut le délivrer de la mort, en ramenant les manifestations du mal du monde dans les limites où il est possible de les ramener sans transfigurer entièrement la création. Bien sûr, du point de vue du but final, de ce triomphe complet du Royaume dont nous parle la Bible, tout ce qui est décrit ici n’est que victoires partielles et temporaires. Mais elles deviennent la préfiguration de cette victoire dernière, lorsque le mal sera chassé du monde pour toujours, et que celui-ci deviendra partie de ce Royaume où il n’y aura plus de place ni pour les maladies ni pour la mort.