RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 50:1-26

Les frères de Joseph se révélèrent coriaces, du moins en ce qui concerne leur propre perception du monde. En son temps, Joseph avait beaucoup fait pour les faire sortir de leur petit monde, limité par leur propre arbitraire, vers le grand monde de Dieu. Il leur avait même expliqué directement, sans détour, qu’il ne s’agissait pas de leur désir de se débarrasser de lui, Joseph, comme d’un rival, mais des desseins de Dieu et de la volonté de Dieu : c’est Dieu qui avait conduit Joseph en Égypte pour les sauver eux-mêmes de la famine. Les frères, malgré tout, attendent la vengeance. Surtout maintenant, après la mort du père, qui aurait pu intervenir et arrêter Joseph. C’est pourquoi ils lui demandent de leur pardonner. Non parce qu’ils se repentent pleinement et jusqu’au bout, mais par peur ; tel est, du moins, le sens du récit biblique. Joseph, lui, leur donne encore une leçon : il pardonne à ses frères.

Il pardonne simplement, librement, de toute la plénitude de son âme. Pas du tout comme il était d’usage en ces temps-là : le monde ancien était assez dur et peu enclin au pardon. Même une erreur y était souvent assimilée à un crime, et obtenir le pardon pour un véritable coupable était très difficile. De plus, il fallait précisément demander le pardon, l’implorer comme une grâce, et il n’était pas rare qu’on le jette à celui qui était pardonné comme un os à un chien. Joseph n’est pas ainsi : il n’a pas de peine à pardonner à ses frères, il n’attend ni n’exige de compensations pour la faute qu’il leur remet. Seul peut pardonner ainsi, presque évangéliquement, un homme qui sait ce qu’est le grand monde de Dieu, et donc qui connaît le Royaume.

Le Royaume n’était pas encore aussi proche qu’aujourd’hui, après la venue du Christ ; mais pour Dieu, le monde a toujours été Son Royaume, en tout temps, même lorsque les hommes étaient certains d’avoir chassé Dieu du monde, qui leur appartenait désormais sans partage. Certains voyaient précisément le monde comme le Royaume, même lorsque d’autres n’y parvenaient pas. Ils le voyaient parce qu’ils savaient s’ouvrir à Dieu, à l’action de Sa volonté, et pouvaient Le laisser entrer dans leur vie. Bien sûr, avant la venue du Christ, le monde était encore loin de devenir le Royaume ; mais on a toujours pu le voir tel que Dieu le voit.

Si donc l’homme voit le monde ainsi, il vivra et agira en conséquence. Il verra alors la volonté de Dieu là où d’autres ne verront qu’un heureux ou malheureux concours de circonstances. Et il pardonnera lui aussi facilement et simplement, car il n’a pas besoin de compensations de la part de ceux qu’il pardonne, comme celui qui a vu l’océan ne se disputera pas avec son prochain pour une goutte d’eau. C’est ainsi que Joseph pardonne à ses frères, et c’est ainsi que se termine le récit qui lui est consacré dans le Livre de la Genèse. Et le Livre de la Genèse lui-même s’achève aussi, s’achève par un exemple de pardon qui n’a pas son égal dans ce livre.