RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lc 7:18-35

La lecture d’aujourd’hui touche un thème très important, lié au service et au témoignage non seulement de Jean le Baptiste, mais aussi de Jésus Lui-même. Pour Jésus, ce que beaucoup de ceux qui venaient à Jean n’ont pas vu est absolument évident : il était le plus grand de tous les prophètes qui aient jamais prêché au peuple de Dieu (v. 28). Or ceux qui ne reconnaissent pas Jean sont justement ceux qui se considéraient comme le reste messianique dont parlaient les prophètes : les pharisiens et les maîtres de la Torah, les « scribes » (v. 30). Et dans le passage d’aujourd’hui, nous voyons comment Jésus explique ce refus. Il compare ceux qui rejettent Jean à des enfants vexés contre leurs camarades, qui ne veulent pas jouer selon les règles qu’ils ont fixées (v. 32). Voilà pourquoi ni l’ascétisme strict de Jean ni l’accessibilité et l’ouverture de Jésus ne leur conviennent (v. 33–34).

Jésus exprime le fond du problème en une seule phrase : la sagesse est justifiée par ses enfants (v. 35). Pour mieux comprendre cette phrase, il faut garder à l’esprit que, chez les Juifs, la notion de sagesse était depuis longtemps associée non pas tant à la théorie et au savoir abstrait qu’à la pratique. Au début, il s’agissait des compétences pratiques de tel ou tel métier ; plus tard, de la pratique des relations humaines, si nécessaire aux dirigeants, aux juges et aux hommes d’État ; puis, après l’exil de Babylone, on associa aussi à la sagesse la pratique de l’observance de la Torah, qui exigeait elle aussi une certaine compétence, que l’on pourrait appeler, en un sens, l’art de vivre dans la justice.

Jésus a en vue une autre compétence et une autre pratique : la pratique de ces débats théologiques qu’aimaient tant les rabbins savants et les croyants simplement instruits. À l’époque évangélique, ce genre de débats était l’occupation et le passe-temps favori de beaucoup d’habitants de Jérusalem. Et il arriva que, pour beaucoup, à ce qu’il semble, ces débats devinrent une fin en soi. Il ne s’agissait plus de comprendre, en lisant l’Écriture, la volonté de Dieu à travers elle, mais d’imaginer encore d’autres interprétations de ce qu’on avait lu.

Bien sûr, de tels exercices intellectuels sont en eux-mêmes assez inoffensifs, et ils peuvent même parfois être utiles. Mais si l’on s’y attache trop, ils éloignent parfois de la réalité. Car tous ces exercices gardent toujours, dans une certaine mesure, un caractère conventionnel. Et si l’on s’habitue à voir le monde exclusivement à travers le prisme de concepts théologiques, même fondés sur l’Écriture, il devient très facile de ne pas voir derrière eux Dieu et Celui qu’Il envoie dans le monde. D’autant plus qu’en accueillant le Christ, il faudra renoncer à beaucoup de concepts. On voudrait bien sûr que le Messie réel leur corresponde, afin de n’avoir à renoncer à rien. Mais la correspondance n’existe pas, et il faut alors choisir. Pour certains, leur propre sagesse peut devenir plus importante que le Royaume. Et là, même Dieu ne peut rien y faire : tel est le prix de la liberté humaine.