RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Gn 41:1-57

La lecture d’aujourd’hui est remarquable, entre autres, parce qu’elle raconte comment l’échanson se souvint de Joseph. Il est vrai qu’il fallut deux ans et des circonstances favorables à la carrière du suppliant (v. 1, 8–14). Maintenant que Pharaon lui-même avait besoin d’un interprète des songes, et que personne dans son entourage ne pouvait l’aider, se souvenir de Joseph signifiait se rendre utile non seulement à Joseph, mais aussi à Pharaon lui-même, ce qui, bien sûr, changeait radicalement la situation et donnait à Joseph une chance non seulement d’être libéré, mais aussi d’accéder à une nouvelle carrière, cette fois absolument vertigineuse.

Cependant, il ne s’agissait évidemment pas seulement d’interpréter les songes de Pharaon (v. 1–7). Cela ne présentait justement aucune difficulté particulière, car leur sens était assez transparent (v. 25–32). Ce qui plut le plus à Pharaon et à ses proches fut le plan proposé par Joseph pour utiliser les années d’abondance qui arrivaient afin de se préparer à la sécheresse et à la famine qui devaient suivre (v. 33–36). L’Égypte traversait alors une période difficile : le pays s’était presque morcelé en régions séparées, des nomades attaquaient depuis les déserts, et ils avaient réussi non seulement à s’établir dans le delta du Nil et à y créer leur petit État, chose jusque-là inédite dans l’histoire égyptienne, mais aussi à s’emparer quelque temps du trône d’Égypte, la dynastie qui régnait alors en Égypte étant d’origine sémitique. Cette situation, d’un côté, donnait à Joseph lui-même et à ses compatriotes des possibilités qu’ils n’auraient pu avoir à aucune autre époque, mais, de l’autre, elle exigeait des autorités des mesures résolues. Recueillir et conserver les surplus de grain n’était que la moitié de l’affaire ; par la suite, il était prévu de prêter ce grain aux grands domaines privés ruinés par la sécheresse, d’abord contre la garantie de la récolte future, puis contre la garantie du domaine lui-même (Gn 47 : 13–26). Ainsi, sans aucune mesure répressive, la grande propriété foncière privée, base économique du séparatisme régional, était pratiquement liquidée, et la terre passait à l’État. Naturellement, le pouvoir central s’en trouvait renforcé, et l’État consolidé. Il n’est pas étonnant que le plan proposé par Joseph ait été adopté, comme on dit, avec enthousiasme, et que l’on ait décidé d’en confier la réalisation à Joseph lui-même, comme auteur du projet (v. 39–49).

Et pourtant, l’épisode le plus remarquable du passage d’aujourd’hui est peut-être la mention que Joseph fait de son Dieu en réponse à la question de Pharaon sur l’interprétation des songes (v. 15–16). Il n’est pas difficile de se souvenir de Dieu dans les temps de détresse et de malheur ; il est beaucoup plus difficile de ne pas L’oublier dans les années de réussite et de prospérité. Et il est sans doute encore plus difficile de se souvenir de Lui quand s’ouvrent devant soi les possibilités qui s’ouvrirent devant Joseph, debout devant Pharaon qui attendait de lui l’interprétation de ses songes. Dans une telle situation, seul se souvient de Dieu celui pour qui la relation avec Lui est devenue le centre et le sens de toute sa vie.