RÉFLEXIONS pour Gn 47:1-31
Joseph réalise avec succès son plan de rassemblement des terres dans un fonds foncier d’État. Avec tant de succès que les gens privés de leurs terres le considèrent comme leur sauveur: il les a en effet sauvés de la mort par la famine. Une telle vision des choses est généralement propre à ceux qui, au lieu du grand monde de Dieu, ne voient que sa petite partie, le petit monde avec lequel ils sont en contact. Ceux que Joseph installait sur les terres nouvellement acquises, en leur donnant du grain pour semer, ne pouvaient évidemment rien savoir des plans discutés quelques années auparavant dans le palais de Pharaon. Ils ne savaient que ce qu’ils voyaient.
Cependant, il n’est pas nécessaire de connaître tous les détails des événements pour avoir une vision pleine de la réalité. Ce qui importe ici, c’est précisément le point de vue, tel ou tel angle de perception de cette réalité. Plus exactement, de prise de conscience, et pas seulement de perception: la perception seule ne suffit pas à une vision pleine. Pour cela, il faut savoir en quelque sorte prendre du recul, regarder la situation de côté, et prendre du recul non seulement par rapport à ce qui se passe ici et maintenant, mais aussi par rapport aux modèles habituels de perception de la réalité en général. Ce n’est qu’en se trouvant hors de leurs cadres qu’on peut comprendre ce qui se passe réellement sous ses yeux. Avec un tel regard, personne n’aurait vu en Joseph un sauveur: on aurait seulement vu en lui un administrateur d’État efficace qui avait su tirer parti d’une situation favorable pour lui, c’est-à-dire qu’on aurait vu celui qu’il était en réalité.
Bien sûr, le rôle de Joseph dans le salut concret de personnes menacées de mourir de faim n’aurait pas été diminué par un tel regard, mais il serait devenu évident pour les sauvés qu’il fallait remercier non pas Joseph lui-même, mais Celui qui l’avait placé au poste de premier ministre dans un pays qui n’était même pas sa patrie.
Or, pour Dieu comme pour Joseph lui-même, ce n’était tout de même pas l’Égypte ni les Égyptiens qui étaient au centre de l’attention, mais ses propres compatriotes, pour lesquels, comme il le comprend lui-même, Dieu l’a envoyé en Égypte. Par les mains de Joseph, Dieu réalise son plan; et en le réalisant, il sauve par ces mêmes mains de la mort par la famine de nombreux habitants du pays lié à l’accomplissement de son plan. Ainsi agit Dieu: en sauvant d’un seul coup autant de personnes qu’il est possible de sauver.
