RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Gn 40:1-23

La prison où Joseph se retrouva n’était pas tout à fait ordinaire. À en juger par le fait que Potiphar y envoya Joseph de sa propre autorité et sur ordre personnel, ainsi que par le fait qu’on y détenait des «prisonniers du roi» (Gn 39:20), c’est-à-dire des détenus particulièrement dangereux ou de très haut rang, elle se trouvait sans doute sous l’autorité de Potiphar comme chef de la garde du palais de Pharaon («chef des gardes», Gn 39:1). Il n’est donc pas étonnant que les compagnons de cellule de Joseph aient été des personnages de très haut rang, comme le grand échanson et le grand panetier (v. 2-4). Le récit ne dit rien de leur faute. Toutefois, si l’on tient compte du fait que ces fonctions étaient directement liées aux livraisons de vin et de pain à la cour de Pharaon, c’est-à-dire qu’elles impliquaient, en langage moderne, une responsabilité matérielle, il n’est pas difficile de faire quelques suppositions sur la nature de la faute de ces hauts fonctionnaires de cour.

Il n’est pas étonnant que les songes qu’ils avaient vus les aient beaucoup inquiétés, car ils comprenaient bien qu’il s’agissait d’un signe venu d’en haut, qui pouvait se révéler littéralement vital pour chacun d’eux (v. 5-8). Et tous deux furent sans doute heureux de pouvoir recevoir une interprétation de Joseph. Bien sûr, en temps ordinaire, ni l’un ni l’autre ne se seraient adressés à un esclave intendant; mais maintenant, dans une situation critique, ils étaient manifestement prêts à tout pour qu’une certaine clarté advienne dans leur vie. Et la clarté advint effectivement: Joseph interprète les deux songes, annonçant à l’échanson une libération prochaine (v. 9-13), et au panetier une exécution prochaine (v. 16-19). Et il demande à l’échanson, qui doit bientôt être libéré, de dire un mot en sa faveur: celui-ci aura bientôt toutes les possibilités pour une telle demande, tandis que lui, Joseph, s’est retrouvé en prison pour rien (v. 14-15).

Mais lorsque tout ce que Joseph avait annoncé s’accomplit, l’échanson, une fois libre, oublia la demande de Joseph (v. 20-23). Au reste, cela n’a malheureusement rien d’étonnant: dans une situation critique, quand le moment de vérité vient pour chacun, les relations entre les hommes apparaissent tout autrement qu’en temps ordinaire. En temps ordinaire, trop de choses sont déterminées par des éléments secondaires, des questions de prestige, de statut, de position sociale et beaucoup d’autres choses qui, dans une situation limite, tombent comme une enveloppe.

Dans une situation critique, cela est naturel et se produit de soi-même; il est bien plus difficile de conserver cette juste vision nouvellement ouverte dans la vie ordinaire, lorsque la crise est derrière soi. L’échanson, hélas, n’y est pas parvenu: les considérations de statut et de carrière ont pris le dessus. En effet, quel avantage y a-t-il à rappeler à ses supérieurs ceux qui sont en prison, surtout si l’on vient soi-même d’en sortir et que l’on veut que tout son entourage oublie au plus vite cet épisode de sa biographie?