RÉFLEXIONS. Lectures orthodoxes.

RÉFLEXIONS pour Pr 3:11-12

Il n’est pas étonnant que les relations de l’homme avec Dieu supposent aussi des instructions de Dieu à l’égard de l’homme (le mot hébreu correspondant signifie d’abord non pas «punition», mais précisément «instruction» ou «correction»). Quelles sont donc les instructions de Dieu? Et supposent-elles vraiment une punition au sens où nous employons ce mot aujourd’hui, et non dans son sens archaïque que suppose la traduction synodale? Sans doute beaucoup dépend ici de la manière dont on comprend l’instruction et la punition, de ce que l’on voit comme le but et le sens de l’une et de l’autre.

Dans le monde déchu, l’instruction se réduit souvent à une sorte de dressage doux: on instruit l’homme pour lui inculquer les règles de conduite appropriées, c’est-à-dire avantageuses et commodes pour la société. On pense alors rarement à l’homme: d’ordinaire, soit on suppose que les règles de conduite élaborées par la société sont d’avance bonnes pour tous ou pour ceux qu’on appelle des «gens normaux» (en pratique, il s’agit en fait de ceux pour qui les règles élaborées par la société se révèlent acceptables), soit on tient pour évident que la société et ses intérêts sont plus importants que les intérêts d’un individu, comme d’ailleurs que l’individu lui-même. Et pour ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne veulent pas accepter cet ordre des choses, des punitions sont prévues; leur but est soit un dressage plus dur là où le doux ne fonctionne pas, soit la vengeance contre celui qui ose violer les règles du jeu établies pour tous. Personne, bien entendu, ne songe à l’homme, à sa vie spirituelle ni à son état spirituel: ces choses sont considérées comme l’affaire personnelle de chacun, qui ne concerne et n’intéresse personne d’autre que lui.

Pour Dieu, au contraire, ce qui compte le plus est précisément l’état spirituel de l’homme, dont il prend soin avant tout. Son but principal est de transformer l’homme intérieurement afin qu’il devienne capable d’une pleine communion avec Dieu. Certes, il lui faut souvent reprendre l’homme, en lui indiquant de diverses manières les péchés, ou simplement les traits de caractère et le mode de vie de celui-ci, qui peuvent devenir un obstacle sur le chemin spirituel. Mais Dieu n’a pas besoin d’animaux dressés, même très intelligents. Et il n’a pas non plus l’intention de se venger de qui que ce soit.

C’est pourquoi les punitions au sens terrestre ne lui servent à rien. La seule chose que Dieu utilise comme quelque chose de semblable à nos punitions terrestres, c’est son retrait. Parfois, lorsqu’il lui devient évident que l’homme ne veut aucune relation avec lui, il peut simplement se détourner de l’homme. Bien sûr, il n’oublie jamais personne définitivement, sinon l’homme que Dieu aurait oublié disparaîtrait tout simplement comme de la fumée. Parfois, il peut abandonner un individu ou une communauté de personnes, et il arrive même tout un peuple, à leur propre destin. En règle générale, cela suffit pour que les abandonnés commencent à crier à grands cris au châtiment de Dieu. En réalité, bien sûr, il n’est ici question d’aucune punition venant de Dieu: les hommes récoltent simplement les fruits de leur propre vie pécheresse, et cette moisson n’est en rien adoucie par l’intervention de Dieu. Pour l’homme, une telle non-intervention se révèle plus terrible que n’importe quelle punition: car toute punition a un commencement et une fin, et surtout elle a toujours au moins un sens. Le mal, lui, qu’il soit engendré par les hommes ou par les démons, n’a ni but ni sens. Et sans l’intervention de Dieu, il n’aurait pas non plus de fin. Sans cette intervention, notre monde deviendrait un enfer dès aujourd’hui. C’est sans doute là l’instruction la plus dure de toutes celles auxquelles Dieu recourt en s’adressant à l’homme: lui faire sentir ce qu’est l’enfer, déjà ici, sur la terre. Leçon effrayante, mais parfaitement évidente.