RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 45:1-28

Ce que Joseph a retiré de plus important de l’expérience de la vie égyptienne, c’est l’unité de la perception de la réalité. Cette affirmation peut paraître étrange, mais il en est bien ainsi: le grand monde de Dieu s’est ouvert à Joseph dans les vicissitudes de son destin difficile, tandis que ses frères sont restés ce qu’ils étaient lorsqu’il s’est séparé d’eux. Le meilleur témoignage en est les paroles de Joseph sur sa vie et sur ses aventures en Égypte. Il perçoit sa vie comme une mission. Il dit franchement à ses frères: ce n’est pas vous qui m’avez vendu comme esclave, c’est Dieu qui m’a conduit en Égypte afin de vous sauver maintenant vous-mêmes.

Un tel retournement de pensée et d’intrigue se rencontre si souvent dans toutes sortes de textes moralisateurs qu’il est devenu un lieu commun; mais bien des croyants sont prêts à témoigner de quelque chose de semblable à partir de leur expérience personnelle de vie. On y voit nettement une certaine régularité spirituelle. Une régularité liée, sans doute, au lieu, à la dimension où les événements se produisent. Plus exactement, au monde où ils se produisent. Dans ce grand monde de Dieu qui, dès le commencement, était et demeure maintenant le Royaume de Dieu, ou dans ce petit monde séparé du Royaume qui apparaît partout où agissent ceux qui s’opposent à Dieu? C’est là la question principale.

Joseph et ses frères vivent et agissent dans des mondes différents. Joseph lui aussi, bien sûr, n’est pas entré tout de suite dans le grand monde de Dieu; ce monde ne s’est pas ouvert à lui d’emblée. Il a fallu l’expérience de la vie dans la maison de Potiphar et du séjour en prison, puis la charge de premier ministre. Il a fallu des «oscillations» vitales et existentielles; il fallait traverser l’effondrement complet de tous les plans, espoirs et attentes, pour que la volonté de Dieu devienne évidente à Joseph précisément comme une force agissant dans sa propre vie, et non «en général». C’est alors, quand tout ce qui a été décrit s’est produit et que la volonté de Dieu est devenue pour Joseph une réalité, que le grand monde de Dieu s’est ouvert à lui. Dans ce monde agit une seule volonté, celle de Dieu, et un seul plan s’accomplit, celui de Dieu.

Les plans des frères de Joseph, bien sûr, s’accomplissent eux aussi, mais dans leur propre petit monde. Là, dans leur petit monde, ils peuvent se trouver vainqueurs, et ils le seront même presque certainement. Rien d’étonnant: c’est leur monde, ils y sont les maîtres. Seulement, la victoire dans leur petit monde séparé du grand monde de Dieu se transforme, dans le grand monde de Dieu, en défaite. Elle se transforme tout à fait imperceptiblement pour ceux qui vivent dans leur propre petit monde, précisément au moment où il leur semble qu’ils ont vaincu et obtenu tout ce qu’ils voulaient. C’est alors qu’il apparaît souvent que la victoire était illusoire et la défaite tout à fait réelle. Les frères ont vendu Joseph comme esclave, ils se sont débarrassés de lui comme ils le voulaient, mais il leur a quand même fallu se prosterner devant lui. Il le fallait parce que tel était le plan de Dieu.