RÉFLEXIONS pour Mt 7:1-12
Ici, il nous est proposé une fois encore de sortir de la captivité de notre propre égocentrisme. Comme il est facile de se griser de ses propres limites, de tenir ses jugements sur les gens, et plus généralement sur le monde environnant, pour infaillibles. Mais voici que Jésus nous fait voir l’étroitesse de notre horizon. Et même s’il est très difficile de comprendre une autre personne, c’est précisément en voyant les limites de notre propre compréhension que nous commençons à les dépasser, et donc à nous rapprocher de la compréhension des autres. Puis nous nous retrouvons à la place de celui que nous jugions récemment, et nous commençons à comprendre l’autre encore mieux... Les paroles sur la paille et la poutre nous sont familières depuis l’enfance; heureusement pour nous, cette sagesse évangélique fait partie de celles que reconnaissaient même beaucoup d’athées endurcis. Certes, la tentation est grande de rabrouer son prochain: «et toi, ta poutre dépasse», mais au fond, il n’y a rien à objecter ici.
Il est plus difficile de remarquer que ces paroles sont immédiatement suivies d’un avertissement sur l’inadmissibilité de donner les choses saintes aux chiens et les perles aux porcs. (Rappelons d’ailleurs qu’ailleurs dans l’Évangile, le Royaume de Dieu est comparé à une perle de grand prix.) Qu’est-ce qui unit ces paroles? Il apparaît qu’ici Jésus nous avertit du danger d’un empressement précipité à enseigner. Car même la prédication de la vérité peut être transformée en moyen d’affirmation de soi, lorsque la complaisance dans sa propre éloquence cache à l’orateur ceux à qui il s’adresse.
Mais il ne faut pas se bercer d’illusions, même si elles ont extérieurement une apparence pieuse. La réalité finira par percer à travers les illusions, et ce sera encore heureux si cela se passe sans tragédies.
