RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lc 6:1-16

La lecture d’aujourd’hui nous propose deux épisodes liés au sabbat et à la manière dont Jésus comprend le sabbat. L’un d’eux (v. 1-5) décrit une situation bien compréhensible pour tout Juif orthodoxe. Au jour du sabbat, aux temps évangéliques comme aujourd’hui, s’appliquait une multitude d’interdits réglant ce que le judaïsme considère comme un travail, interdit le jour du sabbat par le quatrième commandement. Les systèmes de ces interdits rituels pouvaient varier quelque peu d’une école rabbinique à l’autre, mais tous avaient déjà, au fond, largement perdu leur sens spirituel pour ne garder qu’une fonction strictement religieuse. Le but du commandement du sabbat était de détourner l’homme de ses occupations quotidiennes afin qu’au moins un jour sur sept il le consacre entièrement à Dieu, en oubliant ses propres affaires. Or le système d’interdits rituels formé après l’exil de Babylone ne reposait pas sur cette tâche spirituelle et pratique, mais sur des critères théologiques plus ou moins formels qui définissaient telles ou telles actions comme du travail. Toutes ces actions étaient bien entendu interdites le jour du sabbat, et le fait de frotter des épis, même avec les mains et en très petite quantité (v. 1), était formellement assimilé à moudre du grain et comptait parmi les actions interdites.

En réponse, Jésus renvoie à des événements de l’histoire de l’ancien Israël (v. 3-4), faisant allusion à une règle rabbinique bien connue des pharisiens, qui permettait de violer les interdits du sabbat si cela était nécessaire pour sauver la vie d’un homme ou d’un animal domestique. Plus encore, il rappelle à ses interlocuteurs que, pour sauver une vie, on transgressait autrefois même les normes de pureté rituelle: donner le pain sacré à quelqu’un qui n’était pas prêtre revenait en effet à profaner ce pain.

Bien sûr, si les disciples de Jésus étaient morts de faim et n’avaient eu aucune autre nourriture, on leur aurait permis de froisser autant d’épis qu’il leur fallait pour ne pas mourir de faim; dans ce cas, froisser des épis n’aurait pas été une violation du sabbat. Mais il aurait fallu pour cela que la menace de mourir de faim soit inévitable pour eux. Jésus, lui, regarde le sabbat autrement: il dit que, dans le Royaume, le sabbat n’est pas un système de limitations rituelles, mais la plénitude de la communion avec Dieu, inséparable de Celui qui a apporté le Royaume dans le monde (v. 5).

Le second épisode (v. 6-11) décrit la guérison par Jésus de l’homme à la main desséchée. Ici encore, nous voyons la même différence dans la compréhension du sabbat. Pour Jésus, la guérison n’est pas un travail, mais la manifestation du Royaume, qui doit précisément se manifester le jour du sabbat, jour consacré à Dieu; c’est pourquoi il guérit particulièrement souvent le sabbat, rappelant aux présents le vrai sens de ce jour (v. 8-10). Mais pour les formalistes religieux, il n’y a pas de Royaume: il n’y a que la violation d’interdits qu’ils surveillent avec soin (v. 7). Et ils haïssent quiconque viole ces interdits (v. 11). Ainsi l’attachement aux interdits religieux cache le Royaume à l’homme. Et il conduit à la croix Celui qui a apporté ce Royaume dans le monde.